Connaissez-vous vraiment l’asexualité ?8 minute(s) de lecture

09/10/2017
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L’asexualité, le fait de ne pas ressentir d’attirance sexuelle pour d’autres personnes, est souvent mal comprise. Régulièrement confondue avec l’abstinence, parfois vue comme le résultat d’un traumatisme ou comme un refuge pour des personnes “pas attirantes” ou “trop prudes”. Il s’agit en fait d’une orientation sexuelle et non d’un choix mais la rareté de cette orientation et le manque d’informations brouillent souvent les pistes.

 

Une quatrième orientation sexuelle

Si l’on doit faire simple, on peut définir l’asexualité par l’absence d’attirance sexuelle pour d’autres personnes. Elle doit donc être différenciée de l’abstinence, qui est un choix, fait par des personnes qui ressentent de l’attraction, de ne pas l’assouvir dans un rapport sexuel. L’asexualité, qui n’est pas un choix de vie, est une orientation sexuelle, au même titre que l’hétérosexualité, l’homosexualité et la bisexualité. Selon une étude britannique datant de 2004, 1% de la population mondiale serait asexuelle.
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Il faut bien différencier absence d’attirance sexuelle pour d’autres personnes et absence de désir. Les asexuels peuvent ressentir du désir, de l’excitation mais sans que celle-ci soit motivée par une personne en particulier. Ce désir peut donc être assouvi par la masturbation ou, parfois, par un rapport.

C’est en partie pour cela qu’il est assez difficile pour les personnes asexuelles de découvrir ce qu’elles sont. Ressentir du désir mais pas d’attirance pour les autres, avoir des rapports sans s’épanouir, tout cela peut porter à confusion et beaucoup pensent d’abord qu’ils sont frigides ou ont un blocage vis-à-vis du sexe. C’est pour cela qu’Ava, l’association pour la visibilité asexuelle, a été créée. “Beaucoup de personnes asexuelles se sentent « défectueuses », car elles ont le sentiment de ne pas avoir les mêmes besoins et les mêmes désirs que tout le monde. Beaucoup d’autres sont en proie à des sentiments de honte, et l’attitude des pairs, parfois inappropriée, voire ouvertement hostile, peut aggraver cette situation. Essayer à tout prix d’être « normal » peut mener beaucoup d’asexuel·le·s à s’enfermer dans des vies malheureuses”, expliquent les membres de l’association sur leur site.

Découvrir son asexualité

Ils invitent donc les personnes qui se sont découvertes asexuelles à partager leurs témoignages afin d’aider toute personne, asexuelle ou non, à mieux comprendre cette orientation. On découvre par exemple le témoignage anonyme d’une jeune femme qui a vécu une rupture douloureuse avant de découvrir son asexualité : « Je souhaitais apporter mon témoignage car, pour beaucoup de personnes, l’asexualité est reliée au fait d’être encore vierge à un âge jugé tardif, et cela s’accompagne de l’idée qu’il s’agit d’un blocage, d’une peur du sexe et de son propre corps, ou de séquelles d’un événement traumatisant. Ces personnes sont moquées, on les considère comme étant « coincées ». Mais mon histoire ne colle pas du tout à ces clichés, elle va à leur encontre. (…) Pour ma part, mon asexualité a été la cause de la rupture d’une relation de plusieurs années avec un homme sexuel. Les sentiments n’ont pas suffit à faire durer une relation où le sexe avait très vite disparu, de mon initiative. Je ne connaissais alors pas l’asexualité, je savais juste une chose : malgré mes sentiments toujours présents et malgré une histoire amoureuse de plusieurs années, je n’avais aucune envie de sexe avec mon compagnon, et je ne pouvais même plus arriver à me forcer pour sauver mon couple. (…) À cette époque, j’ai envisagé toutes sortes de pistes, en partant de l’idée que j’avais un blocage temporaire. La pression de mon compagnon me faisait me sentir coupable. (…) Plusieurs mois après la rupture, je continuais de m’interroger sur moi-même, et à chaque fois que je cherchais des articles en rapport avec le terme qui me semblait le plus approprié pour me définir, « absence de libido », je tombais sur des références à un trouble psychologique ou sur des articles qui incitaient à découvrir son corps par soi-même, notamment au travers de la masturbation. Tout cela ne me parlait pas du tout, moi qui connaissais l’orgasme depuis le début de l’adolescence, ainsi que la masturbation. Et puis, j’ai un jour changé les termes de ma recherche pour « absence de sexualité », ce qui m’a redirigé vers le terme « asexualité ».”

La question du couple

Absence d’attirance sexuelle ne signifie donc pas absence de sentiments. Les asexuels peuvent très bien tomber amoureux, de personnes du même sexe ou du sexe opposé, vivre en couple et avoir des enfants. Mais, comme pour les sexuels, il s’agit là de choix de vie qui varient d’une personne à l’autre. Certains sont plus heureux seuls ou entourés d’un groupe d’amis. D’autres désirent former un lien plus intime où les sentiments amoureux sont exprimés autrement que par le sexe : proximité, communication, confiance, humour, etc.

Lorsqu’un(e) asexuel(le) est en couple avec un(e) sexuel(le), ils peuvent très bien avoir des rapports si l’asexuel(le) y consent. Ce fut le cas pour Julien, qui témoigne sur le site d’Ava : « Mon ex-copine était sexuelle, nous n’abordions pas ce sujet et tout se passait bien entre nous, sauf lorsqu’elle constatait que je n’allais jamais vers elle pour avoir des rapports. Mais je ne lui ai jamais refusé de relation sexuelle.” Aujourd’hui, Julien est en couple avec une asexuelle : “Nous n’avons aucun rapport sexuel, seulement des caresses et câlins, nous nous donnons parfois du plaisir mais jamais dans le but d’assouvir un besoin ou de répondre à une attirance sexuelle.” Deux asexuels peuvent donc très bien avoir une sexualité, mais qui est plus de l’ordre du désir, finalement assez mécanique, que de l’attirance.

Attirance esthétique ou romantique ?

Une personne asexuelle peut découvrir qu’elle est attirée visuellement par quelqu’un (attirance esthétique), ou qu’elle a des sentiments pour quelqu’un (attirance romantique). Même si ces sentiment n’ont pas de dimension sexuelle. Les asexuels qui ressentent de l’attraction sont souvent attirés par un genre en particulier. Certaines personnes asexuelles se décrivent alors comme hétéroromantiques, homoromantiques, biromantiques, panromantiques ou aromantiques (voir lexique). Cette confusion entre attirance sexuelle et romantique rend également difficile la découverte de l’asexualité, et sa compréhension par les sexuels. Louison témoigne de son expérience sur le site d’Ava : “Je suis une femme, et j’ai souvent été attirée par des femmes, c’est pourquoi, avant de savoir que j’étais asexuelle, je me suis souvent pensée homosexuelle, sans pour autant éprouver le moindre désir physique. Je ne comprenais donc pas, me sentais égarée. Pourtant, je n’ai eu de relations sexuelles qu’avec des hommes. Maintenant, je comprends mieux : je peux être attirée esthétiquement ou sentimentalement par des femmes ou des hommes, indifféremment, mais je n’éprouve pas plus de désir pour les un(e)s que pour les autres.” Louison est donc asexuelle et biromantique, c’est-à-dire qu’elle ne ressent d’attirance physique ni pour les hommes, ni pour les femmes mais qu’elle peut tomber amoureuse des deux genres.

Pour y voir plus clair, découvrez notre lexique des sexualités et des romantismes.

Lexique

L’orientation sexuelle est à différencier de l’orientation romantique. Entre les sexualités et les romantismes, toutes les combinaisons sont possibles. Une personne aromantique peut être sexuelle, c’est-à-dire qu’elle ne tombe pas amoureuse mais peut avoir des relations sexuelles. Une personne hétérosexuelle peut être homoromantique, c’est-à-dire avoir du désir pour des personnes du sexe opposé et être amoureuse d’une personne du même sexe.

 

Les sexualités

Les sexuels ressentent de l’attirance sexuelle.

Les asexuels ne ressentent pas d’attirance sexuelle.

Les Gray-A, ou semi-sexuels, ne s’identifient ni comme sexuels, ni comme asexuels, mais entre les deux. Ils ressentent de l’attraction sexuelle mais soit peu souvent, soit de façon minime.

Les demi-sexuels ne ressentent de l’attirance sexuelle qu’envers les personnes avec lesquelles elles ont formé un fort lien émotionnel.

 

Les romantismes

Les hétéroromantiques ressentent des sentiments romantiques pour des personnes du genre opposé.

Les homoromantiques ressentent des sentiments romantiques pour des personnes du même genre.

Les biromantiques ressentent des sentiments romantiques pour les hommes et les femmes.

Les panromantiques ressentent des sentiment romantiques sans préférences de genre : hommes, femmes et transgenres.

Les aromantiques ne ressentent pas d’attirance romantique. Ils se satisfont de l’amitié ou d’autres types de relations non romantiques. Ils peuvent en revanche avoir une sexualité hétéro, homo ou bi.

 

Ressources :

Ava, l’association pour la visibilité asexuelle

Aven, forum francophone sur l’asexualité

Le livre No sex – Avoir envie de ne pas faire l’amour, Peggy Sastre, 2010

Comprendre l’asexualité en 24 questions, sur le site Madmoizelle[/private]

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