Barkhane, dernière opération militaire française en Afrique8 minute(s) de lecture

14/11/2017
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Photo : Thomas Goisque
La dernière opération militaire de l’armée française sur le continent africain est menée dans la région du Sahel. Il s’agit de l’opération Barkhane, qui mobilise 4 000 soldats au Mali, en Mauritanie, au Niger, au Tchad et au Burkina Faso. Lancée en août 2014, elle a pris le relais des opérations Serval et Epervier. L’objectif est d’éradiquer les groupes armés terroristes (GAT) qui sévissent dans la région. Une mission de longue haleine, surtout basée sur le renseignement, puisque les terroristes se mélangent à la population dans des territoires reculés. Alors que le G5 Sahel a lancé fin octobre une nouvelle force anti-djihadiste, l’opération Barkhane devrait être réarticulée cet été. Progressivement, le relais militaire devrait être pris par les armées des pays concernés.

 

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Ces dernières années, la région du Sahel est devenue une base pour les groupes extrémistes, notamment depuis que la Libye a sombré dans le chaos en 2011, que la secte Boko Haram s’est étendue au Nigeria et que des groupes djihadistes liés à Al-Qaïda se sont emparés du nord du Mali en 2012.

Ces terroristes avaient été en grande partie chassés par une intervention militaire internationale, lancée en janvier 2013 à l’initiative de la France, mais les violences perdurent dans le centre et le nord du Mali et se sont étendues aux pays voisins. C’est pourquoi, en août 2014, l’opération Barkhane a pris le relais de Serval et Epervier. Elle mobilise 4 000 soldats Français, principalement présents au Mali mais aussi en Mauritanie, au Niger, au Tchad et au Burkina Faso.

 

Une surface à couvrir grande comme l’Europe

La mission de ces militaires est particulièrement complexe. Ils effectuent surtout un travail de renseignement car les membres des groupes armés terroristes (GAT) se fondent parmi la population. D’où la nécessité de contrôler des zones dans la durée pour parvenir à éliminer les GAT.

La difficulté est d’autant plus grande que le territoire à couvrir est immense. Au Mali, l’opération Barkhane couvre, en ajoutant les régions frontalières du Niger et du Burkina Faso, une zone équivalente à deux fois la France. Et, entre Sahel et Sahara, du Tchad à la Mauritanie, Barkhane s’étend sur une surface grande comme l’Europe.

C’est pourquoi, à l’été 2018, après quatre ans d’activité dans la zone, l’opération Barkhane devrait subir une refonte pour rendre ses manœuvres plus efficaces. La question est aujourd’hui est à l’étude. Le commandant de l’opération, Bruno Guibert, mise sur des opérations plus longues, en liaison avec les armées des pays concernés mais aussi avec la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma) et les forces américaines. Le travail devrait être conjoint, avec une place plus importante laissée aux soldats africains.

 

Aide au développement et sécurité

Sous l’impulsion d’Emmanuel Macron, l’aide apportée au Sahel devrait prendre une nouvelle forme. La France va en effet augmenter “sensiblement” – de plus d’un tiers – son aide au développement dans cette région, selon l’annonce mercredi 8 novembre du nouvel envoyé spécial français pour le Sahel, Jean-Marc Châtaigner.

Une aide qui sert à la lutte contre les violences des groupes djihadistes, mais pas que : “Le développement et la sécurité devront aller de pair au Sahel : l’un ne peut exister durablement sans l’autre”, a déclaré M. Châtaigner.

L’augmentation du budget annuel de l’aide française au Sahel devrait être de plus de 33 % : “L’aide au développement à cette région est actuellement de l’ordre de 600 millions d’euros. Elle augmentera, selon nos prévisions, de plus de 200 millions d’euros”, a expliqué le diplomate. Il a également promis que son pays “s’assurera que cette aide parviendra bien aux populations ciblées” et qu’elle concernera “l’agriculture, l’énergie, la gouvernance, l’appui aux services de base ainsi que l’éducation, la formation et l’emploi”.

 

La présence militaire française de moins en moins bien acceptée

Ce renforcement de l’aide apportée aux pays concernés pourrait contribuer à calmer les tensions. Car la présence militaire française n’est pas toujours vue d’un bon œil par la population. Dans la ville de Kidal, au nord-est du Mali, des manifestations ont eu lieu début octobre pour dénoncer la brutalité des soldats français et exiger leur départ. Des véhicules de l’opération Barkhane ont notamment été caillassées. Dans cette ville tenue par d’anciens rebelles touareg, les interventions françaises – notamment dans des domiciles privés pour des missions de renseignement – sont jugées trop offensives. Alors que la mission de ces soldats est de trouver les djihadistes parmi la population, le soupçon est jeté sur tous, ce qui crée inévitablement des tensions. Après plus de trois ans de présence militaire française, le ras-le-bol est palpable. “Barkhane dégage” ou encore “Quittez Kidal” sont les slogans qui s’affichaient sur les banderoles lors des manifestations des 6 et 9 octobre derniers.

 

Soupçons de bavure

Quelques semaines à peine après ces manifestations, les tensions se sont encore exaspérées dans la région de Kidal. Dans la nuit du 23 au 24 octobre, un raid antiterroriste de l’armée française, une opération appuyée par des avions et des hélicoptères, a fait plusieurs morts. Et l’identité des victimes a déclenché des interrogations : il s’agirait de terroristes mais aussi de soldats maliens retenus en otages depuis plusieurs mois. Pour l’armée malienne, documents à l’appui, “des militaires figurent bien parmi les victimes”. Il s’agirait  de onze soldats détenus par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, organisation djihadiste née de la fusion de plusieurs groupes du Sahel et dirigée par le Touareg malien Iyad Ag Ghaly. Interrogé par RFI, un responsable du ministère malien de la Défense ne passe pas par quatre chemins : “Nos militaires prisonniers des djihadistes ont bel et bien été tués lors de l’opération antiterroriste des Français dans le nord du Mali. Appelez cela bavure si vous voulez”.

Côté français, les responsables de Barkhane nient toute bavure : c’est un campement terroriste qui a été visé et seulement des djihadistes qui ont été tués. Toujours interrogé par RFI, un responsable militaire français dénonce une manipulation : “Parfois, il arrive que des otages soient retournés et rejoignent le camp des groupes armés”. Cette source française juge également qu’il est dans l’intérêt d’Iyad Ag Ghaly, le chef du groupe terroriste visé, de faire porter le chapeau de la mort de soldats maliens à l’armée française.

Dans cette situation, alors que responsables français et maliens campent sur leurs positions, difficile de démêler le vrai du faux. Mais il n’y a nul doute que ce type d’affaires attise les tensions, surtout à l’approche de l’élection présidentielle dans le pays, prévue en 2018.

 

La force antidjihadiste du G5 Sahel doit prendre le relais

Avec la refonte de l’opération Barkhane à l’été 2018, les forces françaises devraient devenir un soutien sur le terrain pour la nouvelle force anti-djihadiste G5 Sahel, lancée le 31 octobre aux confins du Mali, du Burkina Faso et du Niger.

Des soldats du Mali, du Niger, de la Mauritanie, du Burkina Faso et du Tchad composent cette nouvelle force. Une centaine d’hommes de Barkhane travaillent avec eux sous le commandement du lieutenant-colonel français Marc-Antoine. Du matériel est également mis à disposition : chasseurs, hélicoptères, drones de renseignement, artillerie. Cette première opération, baptisée Hawbi, est  “une démonstration de force pour reprendre pied dans une zone délaissée par les Etats, aux confins du Mali, du Burkina Faso et du Niger, en entravant la liberté de mouvement dont bénéficient plusieurs groupes armés depuis des mois”, a déclaré le lieutenant-colonel Marc-Antoine.

La force conjointe doit atteindre d’ici mars 2018 sa pleine capacité de 5 000 hommes, répartis en sept bataillons : deux pour le Mali et le Niger, un pour le Tchad, le Burkina Faso et la Mauritanie.

Cette nouvelle force se veut complémentaire de la Mission de l’ONU au Mali (Minusma), qui compte plus de 12 000 hommes, et de Barkhane. Mais encore faut-il qu’elle s’en donne les moyens. Le budget de fonctionnement de la force G5 Sahel a été estimé à 423 millions d’euros, mais il pourrait être revu à la baisse, aux alentours de 240 millions d’euros.

Une grande partie des fonds manque toujours à l’appel. Les cinq pays ont promis chacun 10 millions, l’Union européenne 50 millions et la France 8 millions, soit un total de 108 millions d’euros. Les États-Unis se sont quant à eux engagés le 29 octobre à apporter jusqu’à 60 millions de dollars (51,5 millions d’euros) et une conférence des donateurs est prévue le 16 décembre à Bruxelles.

 

Face à la durée de l’opération française et à l’exaspération des habitants, la force créée par le G5 Sahel a tout intérêt à prendre le relais de Barkhane et de la Minusma pour avancer plus efficacement. Mais il reste difficile pour ces pays entachés par la corruption et l’instabilité politique de construire une action militaire forte, notamment à cause du manque de moyens. Il reste donc fort probable que l’opération Barkhane se prolonge dans le temps, malgré les tensions dans certaines localités.
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>> Lire aussi : “Quelle présence militaire française en Afrique ?”

>> A lire demain : “Quel bilan pour l’opération Sangaris en Centrafrique ?”

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