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Le CBD, du cannabis sans effets psychotropes9 minute(s) de lecture

07/06/2018
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Le cannabis est une plante à la composition complexe et controversée. On entend surtout parler du THC, qui provoque les effets planants et de “défonce”. Mais une autre molécule, le CBD, intéresse de plus en plus pour ses propriétés médicinales, qui seraient nombreuses. Même l’Organisation mondiale de la santé (OMS) s’y est intéressée. Si bien que le CBD est désormais vendu en France sous différentes formes : liquide pour e-cigarette, huile, crème. Les vendeurs profitent d’un vide juridique : le CBD n’étant pas un psychotrope, sa commercialisation n’est pas clairement interdite. On décrypte son fonctionnement.

 

THC et CBD, le Yin et le Yang du cannabis

Vous connaissez certainement le THC, un cannabinoïde présent dans le cannabis et qui provoque les effets planants lorsque le cannabis est fumé ou ingéré. C’est à cause du THC et de ses effets psychotropes que le cannabis est classé comme drogue. Mais cette plante n’a pas pour seule vocation la défonce. Un autre cannabinoïde présent dans le cannabis, le CBD, contre les effets du THC. Quand il est présent en plus grande quantité que le THC, on obtient un cannabis aux nombreuses propriétés médicinales et sans effets psychotropes. Mais voyons dans le détail comment tout cela fonctionne.

Le THC et le CBD sont un peu le Yin et le Yang du cannabis. Alors que le THC provoque les effets planants, le CBD n’a aucune propriété susceptible d’altérer le comportement. Les personnes qui consomment du cannabis de manière récréationnelle recherchent le THC, alors que les personnes qui en font un usage médicinal recherchent le CBD. Et préfèrent ne ressentir aucun effet psychotrope afin de pouvoir vivre leur vie sans être stones.

 

Le CBD ne rend pas stone

Pour comprendre les effets positifs du CBD, il faut regarder comment le cannabis en général affecte le cerveau. Cette plante contient plus de 60 cannabinoïdes différents qui agissent sur notre système endocannabinoïde, c’est-à-dire les récepteurs de ces molécules. Ce qui produit des effets sur de nombreuses fonctions affectant aussi bien le corps que l’esprit.

Il y a deux grandes catégories sur lesquels agissent ces molécules : CB1 et CB2. Les cannabinoïdes aux effets psychotropes comme le THC agissent sur le CB1, ce qui affecte la mémoire, la concentration et la coordination notamment. En résumé : cela rend stone. Le CBD, quant à lui, n’agit pas sur les récepteurs CB mais sur d’autres récepteurs qui contrôlent la perception de la douleur, l’anxiété, les inflammations, etc. Tout cela sans rendre stone.

 

Faire disparaître la sensation de douleur
et diminuer les inflammations

La recherche médicale a beaucoup avancé ces cinq dernières années sur les propriétés du CBD, avec plus de 700 publications scientifiques à travers le monde.

Par exemple, on a récemment appris que le CBD est capable de faire diminuer des inflammations. Il permet aussi au système nerveux d’ignorer la douleur : elle ne disparaît pas, mais le corps ne s’en soucie plus. Notre organisme possède ses propres versions naturelles du CBD. Celui présent dans le cannabis est donc une stimulation naturelle pour notre système nerveux.

Le CBD serait également efficace pour lutter contre les douleurs liées à l’arthrite, d’après une étude publiée en 2015 dans l’European Journal of Pain.

Ce cannabinoïde est également un anxiolytique efficace, qui permet de réguler l’humeur et d’éviter les phases dépressives, comme le montrent deux études publiés en 2015 dans la revue Neuropharmacology et le Journal of the American Society for Experimental NeuroTherapeutics.

Le cannabidiol serait également efficace pour lutter contre les crises d’angoisse et les attaques de panique, comme l’indique cette étude publiée en 2016 dans la revue Current Neuropharmacology.

 

Aider à soigner le cancer, l’épilepsie
ou encore le diabète

Le CBD est l’un des cannabinoïdes possédant une action contre certains types de cancer. Et fait ainsi l’objet de nombreuses études pour ses propriétés anti-tumorales. Le cannabidiol possède notamment l’avantage d’exercer une action anti-angiogenèse, c’est-à-dire qu’il inhibe la création des nouveaux réseaux sanguins nécessaires à la croissance des tumeurs, comme l’explique cette étude parue dans le British Journal of Pharmacology en 2012.

Les dosages de CBD utilisés dans les études sur le cancer sont toutefois bien plus élevés que ceux atteignables avec les extraits de chanvre proposés actuellement sur le marché.

Une autre étude parue dans le British Journal of Pharmacology met en avant les propriétés antiémétiques (anti-vomissements) du CBD, qui serait dès lors efficace pour lutter contre les nausées et vomissements provoqués par la chimiothérapie.

Le CBD est également efficace chez certains patients touchés par des formes graves d’épilepsie réfractaire aux médicaments classiques, notamment chez les enfants, comme par exemple les syndromes de Dravet, de West, ou de Lennox-Gastaut. Ce cannabinoïde régule le système nerveux central et protège des activités convulsives qui mènent aux crises d’épilepsie. Une étude publiée dans le New England Journal of Medicine a montré que des enfants touchés par une forme complexe d’épilepsie avaient vu leurs crises réduire de 23% grâce au CBD par rapport à ceux qui avaient pris un placebo.

 

Mais ce n’est pas tout. Le cannabidiol possède aussi d’importantes propriétés antipsychotiques, utilisées notamment pour lutter contre la schizophrénie, comme l’ont montré une étude parue dans le Journal of Psychiatric Research en 2016 ainsi que celle de Schizophrenia Research en 2015.

Le cannabidiol est également étudié pour son efficacité contre les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, telles que la maladie de Crohn ou la rectocolite hémorragique.

Le CBD est aussi l’un des deux principes actifs utilisés dans le Sativex, le médicament destiné aux patients souffrant de sclérose en plaques. Mais ce cannabinoïde serait également efficace sous forme de crème pour traiter les symptômes de cette maladie, selon une étude publiée en 2016 dans le Journal of Pharmaceutical Sciences.

Autre propriété intéressante du cannabidiol : il protège les neurones de la dégénérescence, ce qui est particulièrement utile pour lutter contre les maladies neurologiques telles qu’Alzheimer.

 

Plus étonnant, une étude publiée en 2015 dans le Journal of Bone and mineral research a démontré que le CBD accélère la guérison des fractures osseuses en stimulant l’activité des ostéoblastes.

Le CBD serait aussi capable de réduire l’incidence du diabète, si l’on en croit cette étude sur des souris publiée dans la revue Autoimunity en avril 2006. Mais le CBD pourrait également aider à traiter les complications liées à cette maladie, telles que la cardiomyopathie diabétique ou la rétinopathie diabétique.

 

L’OMS plutôt en faveur du CBD

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a organisé une réunion d’experts en pharmacodépendance en novembre 2017 pour évoquer notamment le CDB. Si elle ne condamne pas directement la substance, elle reste prudente vis-à-vis de sa commercialisation comme médicament. “Les preuves scientifiques montrent que le CBD n’est pas susceptible de créer une dépendance contrairement à d’autres cannabinoïdes, comme le THC (…) À l’état pur, le CBD ne semble pas présenter de danger [pour la santé] (…) il n’est donc pas nécessaire de le classer comme substance réglementée”, ni de l’assujettir “à un contrôle international strict”, écrivent les chercheurs. Le cannabidiol pourrait même posséder “une certaine valeur thérapeutique pour les crises épileptiques et maladies assimilées”, reconnaît l’autorité de santé.

Mais, pour l’Organisation, il est encore trop tôt pour estampiller le cannabinoïde comme médicament. Elle refuse même de le recommander pour usage médical, insistant sur la nécessité “de mener d’autres études” pour “obtenir plus de preuves” sur ses effets. Elle promet ainsi “un examen complet des substances liées au cannabis” d’ici mai prochain et une analyse complète du CBD en particulier d’ici juin. Elle invite par ailleurs “les législateurs nationaux” à déterminer eux-mêmes la légalité – ou non – de la substance.

 

En France, le CBD dans le flou juridique

En France, la commercialisation du CBD n’est pas clairement interdite. La législation prévoit que des produits à base de cette molécule peuvent être vendus s’ils contiennent moins de 0,2% de THC. L’herbe ou la résine consommés pour usage récréatif en contiennent eux environ 15%. Avec un taux inférieur à 0,2%, le THC ne provoque pas d’effets psychotropes. Et les effets positifs du CBD sont eux bien ressentis.

Mais la commercialisation du CBD est tout de même entourée d’un flou juridique. Pour preuve, la société Kanavape, qui commercialisait en France un liquide pour e-cigarette au CBD, a été récemment condamnée par le tribunal de Marseille. Les deux responsables de l’entreprise ont écopé de 18 et 15 mois de prison avec sursis et de 15 000 € d’amende et de dommages. Lors du procès, le 4 décembre 2017, le parquet reprochait aux deux prévenus d’avoir “clairement positionné leur produit dans un champ médical, en faisant notamment le lien entre Kanavape et l’Union francophone pour les cannabinoïdes en médecine” (UFCM), une association œuvrant pour la reconnaissance de l’usage médical du cannabis. “Ces faits demeurent graves car ils touchent à la santé publique et banalisent la consommation de stupéfiants”, avait-il insisté.

Et ce flou continue d’être alimenté par les organisations nationales. En novembre dernier, l’Agence du médicament, se prononçait clairement contre le CBD, même dans les liquides pour cigarettes électroniques. La Direction générale de la santé, elle, affirmait quelques jours plus tard dans Le Parisien que la détention, la fabrication, le transport de cannabis et de ses dérivés étaient bien interdits, mais que les liquides d’e-cigarette CBD bénéficiaient d’une dérogation si leur taux THC était en-dessous de 0,2%, comme le prévoit la loi. Le ministère de la Santé ne s’est lui pas encore prononcé sur les produits à base de CBD proposés en ligne.

 

Bien que la recherche avance sur les propriétés médicinales du CBD, cette molécule est encore loin d’être reconnue comme un médicament. Et les procédures risquent fort d’être bloquées, la controverse autour du cannabis étant toujours très présente en France.
 

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