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Débriefing du 11 octobre : l’indépendance de la Catalogne en question, procès de la voiture de police incendiée, l’étau se resserre autour d’Harvey Weinstein9 minutes de lecture

Catalogne : l’indépendance déclarée mais suspendue, la médiation s’annonce difficile

Les interventions s’enchaînent et la tension ne semble pas redescendre. Le feuilleton catalan se poursuit et nul n’est capable d’en prédire l’issue. Le président de la région autonome Carles Puigdemont a surpris mardi en annonçant devant le Parlement catalan une déclaration d’indépendance, immédiatement suspendue pour trouver une « solution négociée » avec Madrid. Une démarche que cette dernière a jugé « inadmissible ». Ce mercredi, le premier ministre Mariano Rajoy a demandé aux indépendantistes de clarifier leur propos. Pour lui, la confusion a été « délibérément créée » par le gouvernement catalan autour de cette déclaration d’indépendance. Est-elle oui ou non effective ? C’est ce que Madrid aimerait bien savoir. Cette confusion profite au gouvernement central qui espère bien reprendre la main sur la crise. Mariano Rajoy a par ailleurs enfoncé le clou à la tribune du Parlement espagnol, en estimant que le « référendum illégal » se soldait par un « échec complet ».

Il a par ailleurs menacé – si l’indépendance était effectivement déclarée – d’utiliser pour la première fois l’article 155 de la Constitution, qui lui permettrait de suspendre partiellement ou complètement l’autonomie de la région. Concrètement, il pourrait prendre la direction de la Catalogne, remplacer des membres du gouvernement, prendre le contrôle de la police locale. Mais Mariano Rajoy sait très bien que la suspension de l’autonomie ne ferait que dégrader la situation. En effet, il n’y a pas eu de suspension depuis 1934 et les Catalans considèreraient ça comme un affront, ce qui pourrait déclencher des troubles.

En réalité, Mariano Rajoy attend de Carles Puigdemont qu’il renonce officiellement à la déclaration d’indépendance pour enclencher une médiation, qui serait alors à l’avantage de Madrid, puisque Barcelone serait contrainte d’avouer son échec.

 

Procès de la voiture de police incendiée : sept personnes condamnées de un à sept ans de prison

Le procès des neufs personnes accusées d’avoir participé à l’attaque d’une voiture de police à Paris en mai 2016 – en marge d’une manifestation contre la Loi Travail – s’est déroulé sous haute tension. Sept d’entre elles ont été reconnues coupables des faits qui leur étaient reprochés par le tribunal correctionnel de Paris ce mercredi. Des peines allant de un à sept ans de prison ont été prononcées.

La figure du mouvement « antifasciste » Antonin Bernanos a été condamné à cinq ans de prison dont trois ferme, sans mandat de dépôt, pour des faits d’une « extrême gravité » selon le délibéré. L’étudiant de 23 ans a toujours nié avoir asséné des coups de poing à Kevin P., policier encore assis dans la voiture, et fait exploser la lunette arrière avec un plot métallique. Le parquet – qui s’est basé sur des recoupements vidéo – avait requis quatre ans de prison ferme avec mandat de dépôt contre lui, impliquant un retour en prison où il a déjà fait dix mois de détention provisoire. Antonin Bernanos n’a finalement pas été incarcéré à l’issue de la lecture du délibéré.

Nicolas F., informaticien de profession, a reconnu les faits qui lui étaient reprochés. Il a été jugé coupable d’avoir frappé le véhicule puis Kevin P. à coups de barre de fer et a été condamné à cinq ans de réclusion dont deux et demi avec sursis.

Kara B., transgenre américaine de 28 ans qui comparaissait détenue, a été condamnée à quatre ans de prison dont deux avec sursis. Il lui était notamment reproché d’avoir lancé un plot métallique sur le pare-brise de la voiture. Ari R. a été condamné à cinq ans dont la moitié avec sursis ; Thomas R., accusé d’avoir donné des coups de pied initiant la destruction du véhicule, a été reconnu coupable et condamné à deux ans de prison dont un ferme.

Joachim L., de nationalité Suisse, a été reconnu coupable en son absence d’avoir jeté le fumigène à l’origine de l’incendie de la voiture et condamné à la peine la plus lourde, sept ans de prison. Un mandat d’arrêt a été délivré à son encontre.

 

Le producteur Harvey Weinstein accusé d’agressions sexuelles et de viols, Hollywood soupçonné d’avoir masqué l’affaire

Depuis la semaine dernière, les accusations à l’encontre du producteur hollywoodien Harvey Weinstein ne s’arrêtent plus. Des actrices et des mannequins, principalement, l’accusent d’agressions sexuelles. Trois d’entre elles auraient été violées. Les témoignages s’étalent dans les colonnes du New York Times et du New Yorker. L’actrice italienne Asia Argento raconte comment Fabrizio Lombardo, patron de Miramax Italy, filiale du studio hollywoodien de Weinstein, l’a invité en 1997 à une fête de la firme dans un hôtel de la Côte d’Azur. Mais, dans la chambre, il n’y avait en réalité qu’Harvey Weinstein, qui aurait forcé l’actrice alors âgée de 21 ans à lui faire une fellation.

Après les révélations du New York Times, Harvey Weinstein s’était mis en congé de sa maison de production, The Weinstein Company (TWC). Le conseil d’administration de l’entreprise l’a ensuite licencié, dimanche. Son épouse depuis 2007, Georgina Chapman, a annoncé mardi soir l’avoir quitté : « Mon cœur se brise pour toutes les femmes qui ont souffert d’une peine énorme à cause de ces actions impardonnables. J’ai décidé de quitter mon mari. » Le couple a deux enfants.

Selon divers articles parus ces derniers jours, les agissements d’Harvey Weinstein étaient connus de tous à Hollywood. Plusieurs reporters ont travaillé sur le sujet ces deux dernières décennies, ne parvenant pas à publier leurs articles car leurs sources se rétractaient toujours, certainement sous l’effet de menaces. Selon le New Yorker, Harvey Weinstein, assisté de ses avocats et de son équipe de relations publique a fait en sorte depuis des décennies que rien ne soit rendu public sur les cas de harcèlement, d’agression ou de viols présumés. Il aurait également acheté le silence de ses victimes présumées. Selon le New York Times, huit d’entre elles ont accepté un règlement financier confidentiel. La dernière en date est une jeune mannequin, Ambra Battilana, en 2015.

 

La pollution a causé 520 000 décès prématurés en Europe en 2014

Ce mercredi 11 octobre, l’Agence européenne de l’environnement (AEE) publiait son rapport 2017 sur la qualité de l’air. Et le bilan fait froid dans le dos. En 2014, la pollution de l’air a causé le décès prématuré (avant 65 ans) de 520 400 personnes dans les 41 pays du continent européen, dont 487 600 au sein de l’Union européenne.

Les particules fines font le plus de victimes : 428 000 en Europe dont 399 000 dans l’Union européenne (UE). Le dioxyde d’azote (NO2) et l’ozone (O3) sont responsables respectivement de 78 000 décès (dont 75 000 dans l’UE) et de 14 000 décès (dont 13 600 dans l’UE). On remarque que les décès liés au dioxyde d’azote sont en nette augmentation. Une répercussion directe du dieselgate !

Au niveau des pays, c’est l’Allemagne, le plus peuplé d’Europe, qui paie le plus lourd tribut, avec 81 160 décès, devant l’Italie (79 820) et le Royaume-Uni (52 240). La France (45 840) arrive au cinquième rang derrière la Pologne (48 690), pays de l’UE le plus sévèrement touché compte tenu de sa population.

Le rapport 2016 faisait état de 550 000 morts prématurées en 2013, dont 520 000 dans l’UE. L’année suivante, il y a donc eu moins de décès liés à la pollution et l’UE a été moins touchée.

 

Glyphosate : un document interne de Monsanto fait le lien entre le Roundup et le cancer

Mardi 10 octobre, le magazine flamand Knack et le journal néerlandais OneWorld ont révélé un document interne du géant américain Monsanto, datant de 2008. Celui-ci est particulièrement accablant pour l’entreprise puisqu’il expose un lien entre le glyphosate que contient le Roundup et le cancer. On y lit notamment que « le Roundup influence une des phases cruciales de la division cellulaire, ce qui pourrait à long terme mener au cancer ».

Le document cite notamment le nom du biologiste français Robert Bellé, qui assurait en 2002 dans le magazine Chemical Research in Toxicology que le Roundup pouvait endommager l’ADN des cellules.

En mars 2015, un groupe d’experts de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ont conclu que le glyphosate contenu dans le Roundup était « probablement cancérigène » pour l’homme. Une conclusion qui n’a pas été suivie par l’Agence européenne de la sécurité alimentaire ni par l’Agence européenne des produits chimiques, ces dernières s’appuyant sur des documents fournis par les industriels. L’Union européenne pourrait prochainement renouveler pour dix ans la licence du glyphosate.

 

Attaque de Marseille : le préfet du Rhône limogé

La décision est surtout politique, prise à titre d’exemple. Mardi 10 octobre, le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb, en accord avec l’Elysée, a ordonné le limogeage du préfet du Rhône et de son secrétaire général. Cette décision fait suite à un rapport critique de l’inspection générale de l’administration (IGA) sur les conditions de remise en liberté, à Lyon, la veille de l’attaque de Marseille, d’Ahmed Hanachi. Le rapport pointe des « dysfonctionnements » tout en reconnaissant que ce constat peut « s’appliquer (…) à d’autres préfectures ». Le préfet du Rhône Henri-Michel Comets era remplacé par Stéphane Bouillon, préfet de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Vendredi 29 septembre au soir, Ahmed Hanachi est interpellé pour une tentative de vol à l’étalage et placé en garde à vue. Son audition a lieu le samedi matin. Les poursuites sont abandonnées faute de preuves. Mais Ahmed Hanachi est en situation irrégulière et une procédure peut être lancée. Il reste sept heures légales à l’agent de permanence – un fonctionnaire de catégorie B – pour procéder à éloignement. Il contacte en fin de matinée le centre de rétention administrative (CRA), qui n’avait plus de places. Il y en aura finalement dans l’après-midi, mais l’agent n’obtient pas cette information. L’agent avait donc deux choix : libérer Ahmed Hanachi ou l’envoyer dans un autre CRA, par exemple celui de Nîmes, tout de même situé à plus de 250 km. Il a donc choisi la première option, comme beaucoup d’agents l’ont fait avant lui face à l’engorgement perpétuel des CRA. C’est donc là-dessus que le gouvernement devra travailler pour qu’une telle tragédie ne se reproduise plus.

 

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