Les déchets radioactifs, un problème à enfouir ?7 minute(s) de lecture

13/12/2017
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C’est un gouffre écologique et économique. L’industrie nucléaire, majoritaire en France, produit des déchets radioactifs, qui se comptent aujourd’hui en centaines de milliers de tonnes. Des déchets qui, à défaut de pouvoir être recyclés, sont stockés sur divers sites. Une partie pourrait être enfouie à Bure, dans la Marne, et une résistance est en oeuvre, mettant l’accent sur les dangers d’un tel projet.

 

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Stocker ou enfouir, les deux seules “solutions”

Extraction puis enrichissement de l’uranium, combustion, retraitement pour faire du plutonium : toutes ces opérations, nécessaires pour produire de l’énergie nucléaire, entraînent des déchets. On en compte aujourd’hui des centaines de milliers de tonnes.

Ils se divisent en deux catégories :

  • Les déchets nucléaires à durée de vie courte : ce sont 90 % des déchets de l’industrie, représentant 0,1 % de la radioactivité totale. Il s’agit de filtres, résines, vannes, vinyles ou tissus qui sont conditionnés dans des fûts, des caissons métalliques ou des conteneurs en béton, et stockés en majorité dans les centres de l’Andra, l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs, implantés dans la Manche et l’Aube. Le reste des déchets est stocké directement sur les sites de production. L’Andra en recense près de 1000  en France métropolitaine et Outre-Mer.
  • Les déchets nucléaires à durée de vie longue, c’est-à-dire jusqu’à plusieurs dizaines de milliers d’années  : il s’agit des 10 % restants, qui concentrent 99,9 % de la radioactivité totale. Ils sont issus du traitement du combustible usé. Une fois transformés en blocs de verre inaltérable, ils sont entreposés à l’usine Areva de La Hague, en attendant d’être transférés sur le site de stockage géologique envisagé à Bure à partir de 2025. Les déchets y seraient stockés à 500 mètres sous terre.

 

Si seuls le stockage et l’enfouissement sont évoqués, c’est que des décennies de recherches n’ont pas fourni de solution à la question des déchets radioactifs. Le retraitement n’est pas une solution puisqu’il est lui-même générateur de déchets.

Seule une petite partie de ces déchets peut être réutilisée. Une fois coupé et dissout, le combustible irradié est composé de 95 % d’uranium, 1 % de plutonium et 4 % de déchets ultimes. Une partie de ce pourcent de plutonium est réutilisée pour créer un nouveau combustible, le Mox, utilisé pour un tiers de l’alimentation de 26 réacteurs.

Pour les 4 % de déchets ultimes, aucune solution n’existe si ce n’est le stockage.

Restent les 95 % d’uranium de retraitement, pour lesquels il n’existe là non plus aucune solution. Les chercheurs travaillent encore à la question de la transmutation, c’est-à-dire transformer les éléments radioactifs à vie longue en éléments radioactifs à vie courte, sans résultat probant à l’échelle industrielle pour le moment.

 

2,7 millions de m3 de déchets radioactifs en 2030

A l’horizon 2030, la France devra gérer un stock de 2,7 millions de m3 de déchets radioactifs. C’est deux fois plus qu’en 2010. En moyenne, une année correspond à 12 000 à 15 000 m3.

Cette production de déchets représente environ 2 kg par an et par habitant.

Pour produire 1 MWh d’électricité d’origine nucléaire, qui correspond à la consommation mensuelle de deux foyers, il faut compter 11 g de déchets radioactifs.

Notons tout de même que 15 % des déchets radioactifs ne proviennent pas du secteur de l’énergie nucléaire mais des hôpitaux, des universités et de la recherche ou encore de la production et l’entretien de l’armement nucléaire.

 

Jusqu’en 2010, des déchets radioactifs français envoyés en Russie

La problématique des déchets radioactifs n’étant pas nouvelle, la France a déjà eu à y faire face. De manière pas toujours transparente. Ainsi, en 2009, un documentaire révélait que 13 % des matières radioactives produites par notre parc nucléaire étaient stockées en Sibérie. Depuis le milieu des années 90, le complexe atomique de Tomsk-7, ville secrète de 30 000 habitants, accueillait chaque année 108 tonnes d’uranium appauvri. L’uranium arrivait par container en bateau du Havre à Saint-Pétersbourg puis en train jusqu’en Sibérie. Une fois à Tomsk-7, l’uranium de retraitement était réenrichi, produisant 10 % de matière réutilisable par EDF et 90 % d’uranium appauvri. Ce dernier, encore radioactif, devenait alors la propriété de l’entreprise russe Tenex et était stocké sur de grands parkings.

En 2010, Areva n’a pas renouvelé son contrat avec ses partenaires russes, mettant fin au transport des déchets radioactifs français vers ces poubelles à ciel ouvert. Mais les déchets envoyés pendant quinze ans, appartenant à l’entreprise russe, s’y trouvent probablement encore.

 

Le projet d’enfouissement à Bure, solution ou danger ?

L’enfouissement des déchets radioactifs est envisagé en France depuis déjà trente ans. C’est au bout de douze ans de recherches, en 1999, qu’un décret a entériné le site de Bure, dans la Meuse, pour accueillir le futur Centre industriel de stockage géologique (Cigéo), dont la mise en service est prévue pour 2025.

Pour y enfouir les déchets issus du nucléaire, 13 milliards d’euros étaient initialement prévus. Les dernières estimations sont à 35  milliards d’euros et il n’est pas impossible que ce chiffre grimpe encore : l’agence de sûreté nucléaire les juge “trop optimistes”.

Sur ce site, l’Andra prévoit d’accueillir les déchets de haute activité, c’est-à-dire les plus radioactifs, à durée de vie moyenne et longue. Il s’agira de déchets déjà existants, qui sont pour l’instant stockés à la Hague, dans la Manche, et de ceux qui seront créés à l’avenir. La question du transport de la Manche à la Meuse n’a d’ailleurs pas encore été réglée. S’agissant de déchets à la concentration radioactive très importante, seules des machines pourront manipuler les conteneurs.

Ces derniers seront stockés en profondeur dans le sol, constitué d’une couche géologique d’argile, choisie pour sa relative stabilité, l’argile étant très imperméable. Mais cette matière sera inévitablement déstabilisée lors du forage.

Le choix de la zone de Bure s’appuie sur la stabilité historique de la zone en matière de risques sismiques mais rien ne garantit qu’elle le sera encore à l’avenir. De plus, les conteneurs et les galeries peuvent se déformer sous l’effet de la radioactivté et il est impossible de prévoir comment la strate argileuse évoluera dans ces conditions.

Les risques sont d’autant plus importants que le stockage sera définitif. Les conteneurs seront enfouis les uns derrière les autres puis, au bout de cent ans d’activité, les galeries seront scellées par un mélange de béton pour qu’elles ne soient plus jamais accessibles. Impossible alors après cent ans de surveiller les effets de la radioactivité et d’intervenir si cela s’avère nécessaire.

Cela pose aussi une question d’échelle de temps : puisque les déchets enfouis seront encore radioactifs pendant des centaines de milliers d’années, comment garantir que les générations futures ne tombent pas sur le site par accident, une fois que celui-ci sera plein et donc fermé ? Cela pourrait s’avérer tragique.

Le site de Bure où est prévu l’enfouissement définitif des déchets est aujourd’hui devenu une Zone à défendre (Zad), sur le même principe que l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, où une résistance est en oeuvre de la part des habitants et de militants pour faire stopper le projet ou au moins le rendre plus sûr.
Il est évident qu’il n’existe aucune solution sûre et non-polluante pour traiter ou stocker les déchets radioactifs existants et ceux que notre parc nucléaire va continuer à produire dans les prochaines décennies. Mais il est de la responsabilité des agences gouvernementales et des entreprises impliquées de travailler aux solutions les plus sûres 
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