Quelle présence militaire française en Afrique ?6 minute(s) de lecture

13/11/2017
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Photo : Des militaires de l’opération Serval lors du défilé du 14 juillet en 2013 / © Marie-Lan Nguyen / Wikimedia Commons
Ce lundi s’ouvre la 4e édition du Forum international de Dakar (Sénégal) sur la paix et la sécurité en Afrique. Le continent est régulièrement frappé par des attaques terroristes et doit lutter pour maintenir ou rétablir la paix. L’occasion de faire le point sur la présence militaire française en Afrique, qui joue un rôle important dans la lutte antiterroriste.

 

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Lancé en 2013, le Forum international de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique est cette année consacré aux nouveaux enjeux stratégiques du continent. Le thème : “Défis sécuritaires actuels en Afrique : pour des solutions intégrées”. Le plus important de ces défis sécuritaires est la lutte contre le terrorisme.

De nombreux groupes terroristes sévissent en effet sur le continent et sont parfois présents dans plusieurs pays à la fois. Voici les principaux :

  • Aqmi, pour Al-Qaïda au Maghreb islamique. Ce groupe terroriste est né de l’allégeance du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) à Al-Qaïda. Le GSPC a été fondé en Algérie en 1998. Aujourd’hui, le but d’Aqmi est de renverser le gouvernement algérien pour instaurer un califat islamique qui s’étendrait entre le nord du Mali, le Niger occidental et la Mauritanie orientale. Mais le groupe multiplie également les attaques contre des cibles occidentales. Ce fut le cas notamment en novembre 2013, lorsque des terroristes ont assassiné deux journalistes français de RFI.
  • Ansar al Charia est le groupe le plus radical de la mouvance salafiste tunisienne, créé en avril 2001 et qui veut instaurer la loi islamique en Tunisie comme en Libye.
  • Ansar Dine, créé en 2011, signifie “défenseurs de la foi”. Il combat la France et ses alliés. Cette organisation est proche d’Aqmi. Leur objectif commun est d’étendre leur emprise au Sahel et tout particulièrement dans le nord du Mali, où ils prônent l’instauration de la charia.
  • Boko Haram, dont le nom signifie “l’éducation occidentale est un péché”. Cette organisation terroriste a été fondée en 2002 au Nigeria. Son objectif est d’instaurer la charia, la loi islamique. Au début des années 2000, le groupe était considéré comme une secte de radicaux, principalement financée par le banditisme. Mais, en 2009, une attaque du groupe fait 800 morts. En 2014, les terroristes de Boko Haram enlèvent 276 lycéennes dans leur établissement de Chibok, au Nigeria. Depuis, le groupe a prêté allégeance à l’organisation Etat islamique (EI). En 2016, le gouvernement nigérian affirmait avoir éradiqué Boko Haram. Mais d’autres attaques attribuées au groupe ont été menées depuis. La plus récente date du 10 novembre, où trois soldats et un milicien ont été tués dans une embuscade près de la forêt de Sambisa, une enclave du groupe terroriste.
  • Les Shebab, qui signifie “les jeunes” en arabe, est un mouvement né au début des années 2000. Il regroupe plusieurs groupes islamistes somaliens. Ils mènent des actions très violentes en Somalie mais aussi au Kenya et en Ouganda. Leur objectif est d’imposer dans ces pays un Etat islamique fondé sur la charia. La France ne joue pas de rôle dans la lutte contre ce groupe terroriste. Ce sont les Etats-Unis qui apportent leur soutien militaire aux pays de cette région, et particulièrement à la Somalie, depuis le milieu des années 2000.

 

Pour lutter contre ces divers groupes, la France a déployé des effectifs militaires en Afrique. Les principales bases françaises sont les suivantes :

  • 350 soldats présents au Sénégal pour assurer la défense des intérêts français et appuyer les déploiements opérationnels dans la région. Des forces terrestres, navales et aériennes sont déployées.
  • 950 soldats présents en Côte d’Ivoire depuis la fin de l’opération Licorne en 2015. Il s’agit d’une zone d’intérêt stratégique pour la France.
  • 350 soldats présents en Centrafrique depuis la fin de l’opération Sangaris en 2016. Les militaires français appuient les 12 500 soldats de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en Centrafrique (Minusca).
  • 350 soldats présents au Gabon pour défendre les intérêts français et appuyer les déploiements opérationnels dans la région.
  • 4 000 soldats français sont déployés au Burkina Faso, en Mauritanie, au Mali et au Tchad. Il s’agit de l’opération Barkhane, qui a pris le relais de l’opération Serval en juillet 2014. Les forces militaires présentes ont pour objectif de faire reculer les groupes terroristes qui sévissent dans la région du Sahel.

 

Des opérations critiquées

Ces déploiements sont décidés avec les chefs d’Etat des pays concernés. Au Mali par exemple, la capitale Bamako a fait l’objet en 2012 d’un coup d’État organisé par une alliance de rebelles touaregs et de combattants islamistes dont certains étaient affiliés à Aqmi. Le gouvernement malien demande alors l’aide militaire de la France. Ce qui donne naissance à l’opération Serval, qui a permis de libérer en quelques jours les villes du Nord du Mali.

Mais cette présence française en Afrique n’est pas toujours vue d’un bon œil. Certains y voient une forme de néocolonialisme, un retour de la “Françafrique”. D’autres jugent les missions coûteuses, longues et inefficaces. Des scandales ont également vu le jour, comme les accusations de viols par des militaires de l’opération Sangaris en République centrafricaine.

 

Présence militaire et économique

Alors que la politique africaine de François Hollande et son interventionnisme a pu être critiqué, Emmanuel Macron souhaite remplacer progressivement la présence militaire par une présence économique. Par ailleurs, le chef de l’Etat estime que la France n’est pas le seul pays à devoir s’engager militairement pour lutter contre le terrorisme en Afrique et il appelle les autres pays européens à mener des actions. Pour lui, si la France ne doit pas abandonner les pays africains face à la lutte contre le terrorisme (“notre présence militaire ne doit pas, sur le long terme, se substituer aux Etats africains, et elle n’est pas un but en soi”), l’aide à apporter est aussi économique : “Je souhaite notamment mobiliser plus de financements, publics et privés, pour financer les infrastructures et les PME africaines, qui sont créatrices d’emplois.” C’est ainsi que l’opération Barkhane au Sahel va être doublée d’un volet économique, comme nous le verrons dans le décryptage de demain.
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A lire mardi : “Barkhane, dernière opération militaire française en Afrique”

A lire mercredi : “Quel bilan pour l’opération Sangaris en Centrafrique ?”

A lire jeudi : “Quels sont les intérêts français protégés en Afrique ?”

A lire vendredi : “La guerre des Etats-Unis et de la Somalie contre les Shebab”

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