Que dit la science sur les impacts du glyphosate ?7 minute(s) de lecture

12/06/2018
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Le glyphosate, entrant notamment dans la composition du Roundup de Monsanto, devrait être interdit en France dans trois ans. L’Union européenne, elle, l’a réautorisé pour cinq ans en novembre 2017. Au moment des débats, on a observé une véritable controverse sur la toxicité de cet herbicide. Mais que dit vraiment la science de l’impact du glyphosate sur l’environnement et la santé humaine ?

 
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Mardi 29 mai, les députés français ont rejeté les amendements visant à inscrire l’interdiction de l’utilisation du glyphosate dans les trois ans. Mais le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, maintient que l’herbicide sera abandonné à cette date, “en partenariat avec les industriels”, et ce malgré sa non-inscription dans la loi.

 

Le glyphosate est utilisé comme herbicide depuis le début des années 1970, lorsqu’il fut introduit par Monsanto avec la commercialisation du Roundup. Mais, depuis, bien d’autres glyphosates sont apparus, portant différents noms et répondant à diverses formules chimiques en fonction des adjuvants utilisés pour les élaborer. Aujourd’hui, ces herbicides figurent parmi les plus utilisés en agriculture. Simplicité d’utilisation et coût modique sont des paramètres qui l’expliquent.

 

Si la toxicité des glyphosates ne fait aucun doute, de nombreuses controverses existent quant au degré de cette toxicité sur les différents organismes vivants et sur l’environnement.

Car la dangerosité de cet herbicide dépend non seulement du type de la formulation du glyphosate, mais aussi des facteurs environnementaux tels que la température, le pH, la nature et la structure du sol. Pour les milieux aquatiques, les sédiments en suspension et la concentration en algues alimentaires doivent aussi être pris en compte. Autant de paramètres mis en avant par des scientifiques peu scrupuleux pour mettre en avant une toxicité minime – voire une innocuité ! – de l’herbicide phare de Monsanto.

 

Quels impacts du glyphosate sur la flore ?

Pour faire simple, le mode d’action des glyphosates consiste à inhiber une voie métabolique spécifique de la croissance des plantes, c’est-à-dire à l’empêcher de fonctionner correctement. Cette voie métabolique n’existe pas chez les autres organismes vivants, comme les animaux ou les insectes. Mais cela ne veut pas dire pour autant que ces substances affectent uniquement les mauvaises herbes contre lesquelles on les utilise !

Si certains veulent faire croire que sont facilement dégradés et absorbés dans les sols, et donc sans effet néfaste sur l’agriculture, des études ont prouvé le contraire. Comme celle publiée dans le Journal of experimental botany en 2014, qui a montré que les glyphosates sont facilement acheminés des tiges vers les racines. Ils peuvent donc être stabilisés et affecter négativement les plantes non ciblées par le traitement.

Parmi les effets négatifs prouvés, on note une réduction de l’absorption des éléments nutritifs du sol, comme le manganèse, le zinc, le fer et le bore. Autant d’éléments connus pour leurs rôles dans les mécanismes de résistance des plantes aux maladies. Par conséquent, en réduisant l’absorption de ces éléments nutritifs, les glyphosates affectent indirectement la résistance des plantes aux maladies, ce qui induit en retour une utilisation plus intense de pesticides. Plutôt accommodant pour Monsanto et les autres firmes produisant des glyphosates, n’est-ce pas ?

 

Et sur la faune ?

Si on parle moins, les effets toxiques des glyphosates sur la faune s’avèrent plus importants que sur les plantes !

Des études de toxicité menées sur les rats ont démontré que, si le glyphosate-Roundup n’a pas induit d’effets toxiques visibles sur les femelles en gestation, il a eu un effet négatif sur la fertilité des mâles, notamment des anomalies au niveau des spermatozoïdes et une baisse de la fertilité.

D’autres expérimentations, conduites notamment sur des grenouilles, ont démontré que les adjuvants – les composants autres que le principe actif entrant dans la composition du Roundup – avaient des effets négatifs, notamment sur les hormones thyroïdiennes.

Une autre étude a prouvé l’impact important des glyphosates sur les oiseaux sauvages, tandis qu’il est moindre sur les oiseaux domestiques. Chez ces derniers, le facteur de son accumulation dans l’organisme est relativement faible tout simplement car ils sont moins directement exposés à ces substances.

Du côté des organismes marins, même s’ils sont moins concernés que les espèces terrestres, de nombreuses études ont rapporté que le glyphosate avait provoqué des lésions du foie et des reins, comme chez le tilapia du Nil. Après 96 heures d’exposition à des doses relativement élevées, une mortalité accrue a été observée. D’autres études ont révélé que les glyphosates provoquaient une diminution de certaines fonctions du foie et du métabolisme général.

 

Quels impacts du glyphosate sur les sols ?

Différentes études ont montré que le glyphosate possède un potentiel perturbateur affectant les microbes du sol. Mais l’absorption, la dégradation et la lixiviation (c’est-à-dire la perte des éléments minéraux par lessivage) des sols causées par les glyphosates varient selon les types de sols. Il reste donc encore beaucoup d’études à mener sur ce sujet.

Pour l’heure, cette variabilité et cette incertitude rendent très difficile l’établissement d’un tableau clair du devenir des glyphosates dans les sols. Certaines études ont cependant montré que certains complexes minéraux du sol reteniennent davantage les glyphosates que d’autres.

Le phosphate jouerait notamment un rôle important. Un sol riche en phosphate pourrait retenir moins de glyphosates, induisant une plus grande contamination des couches inférieures du sol et des nappes phréatiques. A l’inverse, la pauvreté des sols en phosphates constituerait un facteur favorisant l’accumulation des glyphosates dans les couches supérieures des sols et donc une plus grande accumulation par les plantes.

 

Quels impacts pour l’homme ?

Alors que le sujet semble préoccuper une grande partie de la population, la toxicité des glyphosates sur l’homme a fait l’objet de peu d’études. Comme pour de nombreux produits chimiques, cela s’explique par les difficultés techniques et éthiques. Et aussi, bien sûr, les contraintes d’ordre financier et commercial.

Si de nombreuses études ont démontré que les adjuvants utilisés – notamment le polyoxyethyleneamine ou POEA – sont beaucoup plus nocifs que le principe actif des glyphosates, cette catégorie de pesticides représente tout de même un danger pour la santé humaine.

Aujourd’hui, si les organismes de régulations considèrent les glyphosates comme non toxiques aux doses recommandées, la communauté scientifique est elle convaincue que ces substances sont toxiques et même cancérogènes, à l’image de nombreux pesticides.

L’Agence internationale pour la recherche sur le cancer (IARC) a notamment publié en mars 2015 un rapport classant le glyphosate comme “cause probable de cancer chez l’homme”, alors que l’Agence européenne de la sécurité alimentaire (EFSA) avait pour sa part indiqué en novembre de la même année qu’il était peu probable que le Roundup représente un risque cancérogène pour l’homme.

En mars 2017, l’Agence européenne des produits chimiques (Echa) a elle aussi décidé de ne pas classer le glyphosate comme produit cancérogène. En mai 2016, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré le Roundup comme non potentiellement cancérogène alors qu’elle avait déclaré le contraire quelques mois plus tôt.

Récemment, un groupe de scientifiques s’est exprimé sur la polémique autour du caractère cancérogène ou non du glyphosate. Ils considèrent qu’il est plus approprié et plus rigoureux scientifiquement de considérer ce produit comme cancérogène au vu des évaluation et des données scientifiques portant sur des cas de cancers rapportés chez l’homme et certains animaux en laboratoire.

En se basant sur cette conclusion et en absence de toute preuve du contraire, il apparaît donc raisonnable de conclure que les glyphosates, sous toutes leurs formulations chimiques, doivent être considérés comme potentiellement cancérogènes.
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