En Europe, quelles sont les régions qui pourraient s’inspirer de la Catalogne ?8 minute(s) de lecture

12/10/2017
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Photo : Julien Carnot

 

En Catalogne, l’idée de l’indépendance n’est pas nouvelle. Mais les choses se sont précipitées ces dernières semaines, sans que personne n’ait pu prévoir une telle rupture entre Barcelone et Madrid. Alors est-il possible qu’une situation similaire se produise ailleurs en Europe ? Près de chez nous, on peut penser au Pays basque ou à la Corse mais on trouve en fait de nombreux exemples. Petit tour d’horizon des mouvements indépendantistes européens.

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Le Pays basque espagnol pourrait sortir gagnant de la crise catalane

Quand on parle de région indépendantiste, on pense facilement au Pays basque. On se souvient ces dernières décennies des attentats de l’ETA, cette organisation armée qui a finalement renoncé à la violence en 2011. Mais les 829 morts qui lui sont attribués ont marqué la population, que ce soit dans la région espagnole ou française. Côté français, aujourd’hui, la situation semble apaisée et les revendications ne se font que rarement entendre. En Espagne, l’ETA est devenue moribonde et aborde sa dissolution. Et la proportion de Basques favorables à l’indépendance est en baisse : elle se situe autour de 30%.

Politiquement, le gouvernement régional n’est pas dirigé par les indépendantistes radicaux mais par les modérés du Parti national basque (PNV). Ils se satisfont pour l’instant de leur autonomie, et notamment de leur fiscalité avantageuse que les Catalans se verraient bien obtenir.

Et les indépendantistes du PNV pourraient négocier encore plus d’autonomie pour leur région après la crise catalane. En effet, le chef du gouvernement Mariano Rajoy a absolument besoin des voix des cinq députés basques pour faire voter le budget national. Ce pouvoir politique, les députés comptent bien l’utiliser pour servir leur cause.

 

La Corse rêve d’un statut d’autonomie

Après l’annonce d’un référendum d’autodétermination en Catalogne, les regards des français étaient tournés vers la Corse. L’île de beauté, traditionnellement indépendantiste, pourrait-elle s’engager sur un processus similaire ? Si la Catalogne et la Corse comptent beaucoup de points communs, notamment une langue et une culture très marquées, leurs politiques sont différentes. Le président du Conseil exécutif de Corse, Gilles Simeoni, a dit regarder “avec intérêt ce qui se passe en Catalogne” car, pour lui, “à partir du moment où des citoyens veulent s’exprimer par les urnes il faut accompagner et soutenir cette démarche quel que soit d’ailleurs le résultat”. Mais il s’est également exprimé en faveur d’une “reprise du dialogue entre les institutions catalanes et l’Etat espagnol“. Enfin, il s’est voulu rassurant sur les intentions de la Corse : “Je crois qu’agiter le spectre d’un référendum d’indépendance en Corse aujourd’hui n’a véritablement aucun sens (…) Pour nous l’objectif n’est pas l’indépendance mais un statut d’autonomie.” Il souhaite notamment “sortir de la logique de subvention et aller vers une logique de responsabilité, par exemple exercer un certain nombre de compétences en matière fiscale”. Finalement, l’exécutif corse rêve plus d’une autonomie similaire à celle du Pays basque espagnol que d’une rupture avec Paris.

 

La Nouvelle-Calédonie se prononcera sur son indépendance en 2018

C’est un référendum d’autodétermination qui fait pour l’instant peu parler de lui. Il aura pourtant lieu dans un peu plus d’un an. En novembre 2018, les citoyens de Nouvelle-Calédonie seront amenés à se prononcer sur l’avenir de leur collectivité, au terme des vingt années du processus de décolonisation progressif de l’accord de Nouméa (1998). L’archipel dispose depuis cet accord d’un statut particulier d’autonomie, différent des collectivités d’outre-mer, et de ses propres institutions : Haut-commissariat, Congrès, gouvernement, Sénat coutumier et Conseil économique, social et environnemental.

L’accord de Nouméa précise que : “La consultation portera sur le transfert à la Nouvelle-Calédonie des compétences régaliennes, l’accès à un statut international de pleine responsabilité et l’organisation de la citoyenneté en nationalité”. En novembre 2018, les citoyens pourront donc décider de leur futur statut : État associé à la France, indépendance, large autonomie au sein de la République française. Pour préparer le scrutin, une mission parlementaire a été créée au début du mois avec Manuel Valls à sa tête. A l’heure actuelle, l’issue de ce référendum est totalement imprévisible et le manque d’information à ce sujet assez criant.

 

Le débat relancé en Ecosse

Là où la situation catalane pourrait finalement avoir le plus d’échos c’est en Ecosse. Les revendications de Barcelone inspirent le Scottish National Party (SNP), le parti indépendantiste écossais dirigé par la Première ministre, Nicola Sturgeon.

En 2014, cette nation du Royaume-Uni avait organisé son propre référendum. Le “non” à l’indépendance écossaise l’avait emporté à 55,3%. Mais depuis le Brexit la situation a évolué puisque 62% des Ecossais se disent en faveur d’un maintien dans l’Union européenne. Ainsi, Nicola Sturgeon demande depuis un an l’organisation d’une nouvelle consultation, qu’elle voudrait voir organisée entre l’automne 2018 et le printemps 2019. Soit avant la sortie effective du Royaume-Uni de l’UE. Les indépendantistes écossais voient donc d’un bon œil la démarche catalane. Plusieurs membres du SNP étaient d’ailleurs à Barcelone le jour du référendum et souhaitent s’inspirer de la campagne catalane. Ils regrettent que leur mouvement se soit essoufflé après le scrutin de 2014 mais comptent bien le relancer jusqu’à un éventuel scrutin.

 

La Flandre, une région très similaire à la Catalogne

L’écho catalan résonne également en Belgique. La Flandre présente en effet de nombreux points communs avec la région séparatiste espagnole. Il y a la langue, bien sûr, mais surtout la question économique : les deux régions sont un moteur pour leurs pays respectifs et c’est un argument qu’elles avancent pour réclamer l’indépendance. Pour l’instant, cette cause est surtout portée par un mouvement nationaliste d’extrême-droite, le Vlaams Belang. Le parti multiplie les propositions de loi pour permettre l’organisation d’un référendum, ce qui est pour l’heure interdit par la Constitution. Le chef du groupe Vlaams Belang au parlement bruxellois, Dominiek Lootens, espère que la situation en Catalogne incitera la Nouvelle Alliance flamande (N-VA, parti indépendantiste flamand) à les suivre dans ces propositions. La N-VA a obtenu plus de 20% des voix aux élections de 2014 et ses membres occupent désormais des postes clés au sein du gouvernement belge. Mais le parti n’envisage pas de demander plus d’autonomie pour la Flandre avant 2019. Le président du groupe au Parlement flamand se réjouit néanmoins du référendum catalan, comme il l’expliquait à Franceinfo : “C’est un très bel exemple du besoin d’identité des communautés en Europe”.

 

Il y a plus de 70 ans, les îles Féroé demandaient déjà leur indépendance

Entre l’Ecosse et l’Islande, on trouve l’archipel des îles Féroé, contrôlé par le Danemark. Là-bas, l’envie d’indépendance n’est pas nouvelle. Le 14 septembre 1946, il y a plus de 70 ans, les îles organisaient leur premier référendum d’indépendance. Une courte majorité avait donné le “oui” gagnant mais le Danemark avait annulé les résultats du scrutin. Aux termes de négociations, l’archipel avait tout de même obtenu son autonomie en 1948. Le Danemark garde cependant le contrôle de certains secteurs, à l’image de la politique étrangère et de la défense.

Par ce statut d’autonomie et la quête perpétuelle d’indépendance, les habitants des îles Féroé peuvent s’identifier à la population catalane. Leur situation pourrait elle évoluer en 2018, avec l’organisation d’un référendum sur une nouvelle Constitution, qui devrait avoir lieu au printemps. Si le projet était adopté, il donnerait aux habitants le droit à l’autodétermination par le biais d’un référendum. Et ce en toute légalité.

 

En Italie, la Lombardie et la Vénétie s’exprimeront bientôt sur leur autonomie

Côté italien, le statut des régions est régulièrement soulevé. Ainsi, le 22 octobre, la Lombardie et la Vénétie, deux régions du nord de l’Italie, demanderont à leurs habitants s’ils souhaitent davantage d’autonomie régionale dans plusieurs domaines. Il s’agit d’un vote consultatif qui portera en particulier sur la question fiscale. Il a été souhaité par les gouverneurs de ces régions, Roberto Maroni pour la Lombardie et Luca Zaia pour la Vénétie. Les deux hommes sont des figures de la Ligue du Nord, parti régionaliste qui milite pour l’indépendance du nord de l’Italie. Leurs aspirations sont assez similaires à celles des Catalans mais Giancarlo Giorgetti, le président du groupe de la Ligue du Nord à la Chambre des députés, insiste sur le fait que le référendum italien du 22 octobre est “pleinement constitutionnel”.

 

Un peu partout en Europe, des régions militent pour plus d’autonomie, voire pour l’indépendance. Au-delà de l’argument culturel, c’est souvent la question économique qui se situe au premier plan, remettant en question tout le système étatique. Finalement, beaucoup se satisferaient d’un système fédéral qui donnerait plus d’autonomie aux régions tout en conservant un Etat fort sur la scène internationale, un peu à l’image du modèle allemand.
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