Intuition : comment ça marche ?7 minute(s) de lecture

03/05/2018
113 vues
“L’intuition est l’intelligence qui a commis un excès de vitesse.” Lorsqu’il a écrit ces mots il y a un siècle, le dramaturge Henry Bernstein ne pouvait pas tomber plus juste. L’intuition, qu’elle prenne la forme d’un éclair de génie, d’un bon ou d’un mauvais pressentiment, d’une première impression juste, est effectivement une forme d’intelligence. Elle est nichée dans notre cerveau à tous et peut s’exercer. On vous décrypte son fonctionnement.

 
[private]
La situation semble bloquée, le problème insoluble et, soudain, c’est la révélation. Vous avez l’éclair de génie qui débloque la situation, résout le problème. Les anglophones appellent cela des “aha moments”. On peut aussi parler du fameux “Eurêka!”. Vous reconnaissez cette sensation ? Généralement, elle arrive quand on ne réfléchit plus vraiment – en tout cas pas consciemment – au problème : sous la douche, pendant le jogging, au réveil. L’intuition – du latin intuitio “regarder attentivement” – c’est la “perception immédiate de la vérité sans l’aide du raisonnement”, selon le Petit Larousse. Il s’agit donc bien d’un mécanisme inconscient qui nous aide à prendre des décisions. Elle peut prendre la forme d’une certitude fulgurante mais aussi d’une petite voix intérieure qui conseille, d’une réaction corporelle (on le sent “avec les tripes”), d’un pressentiment, d’une impression qui se révèle juste. Parfois considérée comme un sixième sens magique ou un don réservé à quelques privilégiés, l’intuition est en fait présente en chacun d’entre nous. C’est tout simplement un mode de fonctionnement du cerveau, que les neurosciences se sont attachées à étudier.

 

Sortir de la logique prédictible

Alors si l’intuition est nichée dans le cerveau, comment fonctionne-t-elle exactement ? Quand l’intuition apparaît, c’est que le cerveau perçoit des éléments contextuels et les agence de manière adaptative. Il trouve alors une solution nouvelle dans un programme préétabli ou dans une situation répétitive. Car notre cerveau n’a pas qu’un mode de fonctionnement : il a une partie rationnelle (qui gère l’apprentissage notamment) et une partie plus émotionnelle, relationnelle et adaptative. Cette dernière est capable de sortir des contraintes logiques répétitives. Lorsqu’on utilise cette partie du cerveau, on parvient à imaginer des réponses et des solutions en dehors de la logique prédictible. C’est cela que l’on appelle intuition.

Ainsi, beaucoup de neuroscientifiques appellent l’intuition “inconscient d’adaptation”. Car elle se base en majorité sur des informations sensorielles captées par notre cerveau mais qui ne parviennent pas à notre conscience. Notre cerveau arrive alors à des conclusions et nous fait prendre des décisions, sans que l’on ait conscience de ce qui nous y a conduit. On sait sans savoir, on a le “feeling” sans être capable d’expliquer pourquoi.

Les personnes les plus intuitives sont donc celles qui ont des capacités sensorielles très développées : l’intuition se base sur la partie de notre banque de données sensorielles qui n’est pas traitée par la conscience. Tout ce qui est traité par l’inconscient vient nourrir l’intuition.

 

Le cerveau effectue un balayage superficiel

Le psychologue américain Daniel Goleman, auteur de L’intelligence émotionnelle, explique très bien le fonctionnement de l’intuition. Nous avons deux “routes” cérébrales. La “route haute”, la plus souvent utilisée, passe par les systèmes neuronaux qui travaillent “étape par étape et non sans effort”. La “route basse”, elle, est un “un circuit qui opère à notre insu, automatiquement et sans effort, à une vitesse incroyable”. Les circuits neuronaux empruntés par cette dernière traversent le tronc cérébral, l’amygdale et les trois structures automatiques d’importance majeure que sont le cortex cingulaire antérieur, le cortex ventromédian et le cortex orbitofrontal. La traversée de cette route permet de se faire en quelques secondes une opinion sur une situation donnée. C’est ce qu’on appelle la “première impression”, sans forcément savoir qu’elle est liée à notre intuition.

 

Toujours en se basant sur les sens, “l’intuition est une forme d’intelligence qui s’adapte très vite à un environnement mouvant”, définit Christophe Haag, chercheur en psychologie sociale à l’EMLyon. Dans les situations où la réflexion est impossible, elle nous permet de réagir vite. Le cerveau effectue alors, en quelques secondes, un “balayage superficiel”. Grâce à ce scan de la situation – durant lequel le cerveau synthétise des informations à partir de nos sens – le cerveau nous propose un choix. C’est ce qui se passe lorsque nous rencontrons quelqu’un pour la première fois : le cerveau collecte un maximum d’indices en un minimum de temps pour arriver à une première opinion, qui est souvent juste.

 

La première impression est la bonne ?

Samuel Gosling, chercheur au département de psychologie de l’université du Texas, a voulu le démontrer. Au cours d’une étude, il a fait visiter à des volontaires des chambres d’étudiants pendant quelques minutes seulement. Puis il leur a immédiatement demandé de répondre à un test visant à cerner les principaux traits de caractère de l’occupant. Et, en quelques secondes, les participants ont décrit des personnalités proches du réel. “Nos observations suggèrent qu’une personne qui a examiné brièvement un environnement forme des impressions qui concordent de manière remarquable avec celles des autres. Et ces impressions sont souvent pertinentes”, concluent les auteurs. En revanche, “si les volontaires ont de longues minutes pour réfléchir et délibérer, on observe qu’ils se trompent plus souvent”. On peut donc se fier à notre intuition, qui nous met le plus souvent sur la bonne voie. Lorsque l’on réfléchit trop longtemps, on s’éloigne de nos sens et donc, généralement, de la vérité.

 

De l’importance de l’expérience

L’intuition se base donc en majorité sur les sens, mais pas seulement. Elle se nourrit aussi de l’expérience et des souvenirs. Au Japon, le Riken Brain Science Institute a observé le cerveau de joueurs de shogi, les échecs japonais. Les chercheurs ont découvert que les joueurs qui suivaient leur intuition ont activé deux zones précises du cerveau, impliquées dans la cartographie et dans la mémoire. Lorsque l’on se trouve dans une situation connue, l’intuition passe par l’expertise : on se rappelle des situations précédentes et on prend une décision rapide. Dans une situation inédite, lorsque l’expertise est impuissante, la mémoire (souvent émotionnelle) se met en marche. Le cerveau fouille à toute vitesse dans les souvenirs personnels à la recherche d’un événement assez proche en termes de contexte. Et il se basera sur cela pour prendre une décision. Si la situation est totalement inédite, que l’on n’a pas en mémoire d’événement similaire, l’intuition se base alors sur les émotions immédiates via nos sens.

Quand on sait comment l’intuition fonctionne, on a tout de suite plus envie de s’y fier. Selon une étude du psychologue américain Gary Klein, pionnier dans les études sur les mécanismes de prise de décision, 9 décisions sur 10 sont prises sur une base intuitive ! Encore plus bluffant : 82 prix Nobel sur 93 ont reconnu que leurs découvertes avaient été faites grâce à l’intuition. Ça donne envie d’écouter ses tripes, non ?

 

Quand l’intuition contribue au bonheur

L’intuition ne fera sûrement pas de chacun de nous des prix Nobel, mais elle peut contribuer à notre bonheur. Pour la neurologue Régine Zékri-Hurstel, “le véritable “plus” de l’intelligence intuitive, c’est de contribuer à notre bonheur. Plus précisément à notre “neuro-bonheur”, c’est-à-dire le fait d’intégrer l’ensemble des données de notre environnement, de notre présent, pour améliorer notre devenir, et découvrir, grâce à cette porte ouverte sur notre cerveau, les codes d’accès personnalisés de notre bien-être sensoriel.” En se branchant sur nos sens, nous pouvons ressentir ce qui est vraiment bon ou mauvais pour nous. Dans nos vies, les possibilités sont devenues infinies, que ce soit dans le domaine personnel ou professionnel. L’intuition peut alors jouer le rôle d’une boussole, qui nous aide à nous reconnecter à nos besoins, nos envies, nos aspirations.

Mais pour y parvenir, la coach spécialisée en intuition Vanessa Mielczareck nous met en garde, il faudra lever trois blocages : le manque de confiance en soi, l’hyperrationalisme et la négativité. Ce sont ces trois choses qui nous empêchent d’écouter notre intuition plus souvent. Alors, prêt(e) à lever ces blocages et à suivre plus souvent votre intuition ?
[/private]
 

> Lire aussi : Le biais de négativité expliqué

 

> Lire aussi : Que savons-nous sur le bonheur ?

 
 

Vous aimerez aussi

Cinq recettes pour un apéro dînatoire gourmand mais sain !
Décryptage
152 vues
Décryptage
152 vues

Cinq recettes pour un apéro dînatoire gourmand mais sain !

JessicaLombardi - 29/06/2018

L'été est là, saison officielle des apéros. Et donc des excès ! Si craquer pour des chips ou une pizza…

A la rentrée, Chronos devient Cinq minutes
Non classé
314 vues
Non classé
314 vues

A la rentrée, Chronos devient Cinq minutes

JessicaLombardi - 29/06/2018

Chers lecteurs,   L'aventure Chronos s'arrête ce vendredi 29 juin. Je vous en expliquais les raisons dans un précédent article.…

L’effet placebo expliqué
Décryptage
131 vues
Décryptage
131 vues

L’effet placebo expliqué

JessicaLombardi - 28/06/2018

L'effet placebo, on le connaît tous, mais sans forcément savoir comment il fonctionne. On peut effectivement se demander comment une…