Les ampoules LED seraient-elles finalement mauvaises pour la santé et la planète ?8 minute(s) de lecture

26/06/2018
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Ces dernières années, les ampoules LED ont peu à peu remplacé les anciens modèles. A l’horizon 2020, elles devraient représenter 90 % du marché. Recommandées par le gouvernement et l’Union européenne, elles consomment moins et durent plus longtemps. Ce qui fait passer le LED pour une technologie verte. Mais l’utilisation que l’on en fait aujourd’hui entraîne une importante pollution lumineuse. Et elles seraient dangereuses pour nos yeux. C’est la fameuse lumière bleue.

 
Dès 2010, dans le cadre d’une expertise réalisée sous la houlette de l’ophtalmologiste Francine Behar-Cohen, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) soulignait les risques inhérents à l’emploi des LED pour la rétine. Pourtant, six ans plus tard, en 2016, dans le cadre de la législation européenne visant à restreindre notre consommation d’énergie, les LED sont devenues les seules ampoules autorisées, avec les fluocompactes et certains halogènes. A l’horizon 2020, ces lampes déjà très répandues pour l’éclairage des lieux publics, des phares de voitures, de nos maisons et de nos écrans pourraient représenter 90 % du marché.

 

Dangereuses pour la vision

Si l’étude de l’Anses est passée inaperçu, celle réalisée par l’Inserm début janvier 2017 a fait plus de bruit. Elle soulevait la question des dangers des ampoules LED pour la vision. Chez le rat, certaines des longueurs d’onde des LED s’avèrent toxiques pour la rétine. Un mécanisme qui pourrait favoriser la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA).

Les chercheurs ont procédé en trois temps : ils ont d’abord montré que, quel que soit le type d’ampoules utilisé, l’exposition à une forte intensité lumineuse (6 000 lux) durant 24 heures altère la rétine de rats dont la pupille a été dilatée. L’analyse biologique montre dans tous les cas un état inflammatoire qui favorise la mort cellulaire des photorécepteurs impliqués dans la vision.

En revanche, en exposant durant 24 heures ces mêmes animaux à une intensité lumineuse similaire à celle habituellement utilisée dans les habitations (500 lux), seules les LED sont apparues néfastes. Avec ces ampoules, la rétine des animaux montre des signes d’altération moindres mais similaires à ceux observés sous forte exposition.

En l’absence de dilatation de la pupille, des rats albinos exposés à long terme à la lumière des LED (en continu durant une semaine ou un mois) montrent aussi une dégénérescence rétinienne. Et même les rats non-albinos, réputés pour être protégés de la dégénérescence photo-induite, présentent des signes de stress oxydant au niveau de leurs rétines.

 

La lumière bleue toxique

Derrière la phototoxicité des ampoules LED, une coupable : la lumière bleue. “La lumière blanche, qu’elle soit naturelle ou artificielle, combine en réalité des rayons de différentes couleurs, chacune correspondant à une longueur d’onde spécifique”, explique Alicia Torriglia, qui a encadré ces travaux. Chaque source de lumière combine différentes couleurs dans des proportions variables. La potentielle toxicité de chacune d’entre elles sur la rétine dépend à la fois de l’intensité de la lumière et des longueurs d’onde qui la compose.

Les ampoules LED créent de la lumière blanche en combinant des lumières bleue et jaune. Or, les rayons correspondant à la lumière bleue sont plus énergétiques que les autres. Ils sont aussi connus pour être plus délétères à des durées d’exposition et des intensités lumineuses équivalentes. “Grâce à nos observations, nous avons montré que la lumière émise par les LED engendre deux phénomènes toxiques parallèles : l’apoptose, mais également une seconde forme de mort cellulaire, la nécrose. Or en se nécrosant, une cellule endommage ses voisines. Ceci explique pourquoi la toxicité de la lumière bleue est plus élevée que celle des autres longueurs d’onde”, explique la chercheuse.

 

En 2010, l’étude de l’Anses a classé des lampes du marché selon quatre niveaux de risques, de 0 (aucun risque) à 3 (risque élevé). Conclusion : certaines LED très couramment utilisées en éclairage, signalisation et balisage appartiennent au groupe de risque 2, alors que toutes les autres sources d’éclairage disponibles pour le grand public ne dépassent pas les groupes de risque 0 ou 1.

L’étude de l’Anses mettait également en avant la vulnérabilité des enfants face à cette lumière bleue, car leur cristallin très transparent l’atténue peu. Les individus portant des cristallins artificiels (transparents comme un cristallin de bébé) et les personnes dépourvues de cristallin (aphakes) sont elles aussi plus exposées au danger.

 

Réduction du capital lumière

Même s’il est probable que les observations faites chez le rat ne soient pas transposables telles qu’elles chez l’Homme, les données de cette étude interrogent. “‘Nos cellules possèdent des mécanismes de réparation qui permettent sans doute de corriger en partie les lésions induites par les LED. Mais nous avons un capital lumière, comme notre peau possède un capital soleil. On peut se demander si nos ampoules domestiques ne favorisent pas son épuisement précoce, et ainsi l’évolution vers la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA)”, conclut la scientifique. La recherche devra maintenant se tourner vers une prochaine génération d’ampoules LED, dans laquelle la proportion de lumière bleue serait réduite.

Pour nos écrans, il est déjà possible de remédier à cette importante lumière bleue. Des applications gratuites, telles que F.lux, remplacent la lumière bleue par une lumière orange. Les écrans les plus récents proposent eux un mode “eye saver” qui filtre la lumière bleue. Si vous êtes exposés à cette lumière toute la journée, sachez qu’il existe également des lunettes anti-lumière bleue. Comptez une trentaine d’euros en moyenne pour une paire.

 

Une lumière éblouissante

La lumière bleue n’est pas la seule chose que les scientifiques reprochent aux LED. L’autre effet mis en évidence par l’étude de l’Anses est celui de l’éblouissement, dû à l’énorme luminance des Led. Cette luminance, mesurée en candelas par mètre carré (cd/m2), indique la quantité de lumière émise et rapportée à la taille (la surface) de la source. Les LED sont très lumineuses et très petites, donc leur luminance est élevée. On considère qu’une source lumineuse est confortable jusqu’à 2 000 cd/m2 et qu’elle devient éblouissante au-dessus de 10 000 cd/m2. Or, certaines Led testées lors de l’étude atteignaient 10 000 000 cd/m2, soit mille fois plus…

 

Pollution lumineuse

Recyclables, moins énergivores et avec une durée de vie plus longue, les LED semblent a priori plus écolos que les anciennes modèles. Pourtant, selon une étude parue dans la revue américaine Science Advances, l’utilisation que l’on en fait les rendrait finalement plus polluantes. Selon les chercheurs, la pollution lumineuse a augmenté de 2 % par an entre 2012 et 2016, aussi bien en terme de quantité que d’intensité. Les scientifiques déplorent le fait que “le monde a connu une ‘perte de la nuit’ généralisée”. En effet, aujourd’hui, un tiers de l’humanité ne voit plus la voie lactée.

C’est ce qu’on appelle l’effet rebond : en réduisant la consommation énergétique des LED pour les rendre moins polluantes, on les rend aussi plus abordables. Les LED sont alors utilisées plus souvent ou en plus grand nombre que les ampoules classiques. Résultat : les effets bénéfiques sur la consommation électrique sont annulés. “Il y a un bon potentiel pour une véritable révolution de l’éclairage permettant à la fois d’économiser de l’énergie et de réduire la pollution lumineuse, mais seulement si on ne consacre pas les économies réalisées à créer encore plus de lumière”, explique Christopher Kyba, l’un des auteurs de l’étude.

Selon l’Association nationale pour la protection du ciel et de l’environnement nocturnes (ANPCEN), la durée d’éclairement est passée de 2 400 à 4 000 heures par an de 1992 à 2012 en France. La quantité de lumière émise par un seul éclairage public a elle cru de 94 % depuis les années 1990.

L’éclairage LED de nuit a des “conséquences négatives pour la flore, la faune et le bien-être humain”. En effet, la vie des organismes vivants repose sur l’alternance entre le jour et la nuit. Par exemple, certaines plantes ont besoin d’insectes nocturnes pour leur pollinisation. Chez l’homme, l’augmentation de la pollution lumineuse peut affecter le sommeil et la santé en déréglant notre horloge interne.

>> Lire aussi : Que savons-nous sur l’horloge biologique ?

 

Si les LED ont été généralisées en dépit de leurs effets néfastes pour la santé et l’environnement, il n’est pas trop tard pour adapter cette technologie prometteuse aux enjeux désormais connus. En attendant, vous pouvez vous protéger de la lumière bleue des écrans grâce à des applications ou des lunettes. Et si vous utilisez des ampoules LED chez vous, pensez à installer des abat-jours pour adoucir la luminosité.
 
 

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