Comprendre la crise politique au Liban4 minute(s) de lecture

20/11/2017
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Le 4 novembre, le Premier ministre libanais, Saad Hariri, a annoncé sa démission depuis l’Arabie saoudite, dont il est proche politiquement. Il a accusé le Hezbollah, sous influence iranienne, avec qui il gouverne au Liban, d’avoir la “mainmise” sur le pays. Après la médiation d’Emmanuel Macron qui a invité Saad Hariri à Paris ce week-end, le Premier ministre doit rentrer à Beyrouth mercredi et confirmer ou non sa démission. Mais, qu’il conserve ou non son poste, une crise politique a bien été déclenchée au Liban.

 

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Le déclencheur : la démission de Saad Hariri

Tout a commencé vendredi 3 novembre. Saad Hariri, Premier ministre libanais, est convoqué dans la capitale saoudienne par Mohammed ben Salmane, le prince héritier de ce royaume sunnite. Objet de la convocation : que Saad Hariri s’explique sur la puissance grandissante du Hezbollah chiite au Liban. Le Premier ministre est en effet proche de l’Arabie saoudite et devait contenir l’influence du Hezbollah dans son pays. Chose difficile puisque le président libanais, le chrétien Michel Aoun, est un allié du Hezbollah chiite. Le lendemain de cette convocation, Saad Hariri annonce à la télévision saoudienne sa démission, accusant le Hezbollah et l’Iran de “mainmise sur le Liban”. Il a également accusé Téhéran d’avoir “créé un État dans l’État” et de vouloir “avoir le dernier mot dans les affaires du Liban”. Un discours qui semble avoir été dicté par les autorités saoudiennes. C’est du moins ce que pensent le président libanais et ses alliés, qui considèrent Saad Hariri comme “détenu” en Arabie Saoudite.

 

Les acteurs : le Liban subit l’affrontement entre l’Arabie Saoudite et l’Iran

La situation au Liban aujourd’hui est sans conteste la manifestation d’un affrontement régional entre l’Arabie saoudite (sunnite) et l’Iran (chiite), les deux principales puissances rivales du Moyen-Orient. Au Liban, les deux principaux courants de l’islam sont présents. Les sunnites, dont le principal parti est le Courant du futur, sont des alliés historiques de l’Arabie saoudite. Et les chiites, conduits par le Hezbollah, sont alignés sur l’Iran. Le fait que ces deux puissances régionales se livrent aujourd’hui une guerre par procuration n’arrange pas les choses au Liban. Fin 2016, l’Arabie saoudite a accepté, sous forte pression internationale, un partage du pouvoir au Liban entre Saad Hariri et le président de la République, le général Aoun, allié du Hezbollah depuis 2006, en espérant que Saad Hariri représenterait un contrepoids à la domination de la milice chiite. Mais cela n’a pas été le cas, ce qui a provoqué la fureur du prince héritier saoudien.

Car, à l’échelle régionale, l’Arabie saoudite n’est pas en position de force. Le Hezbollah et l’Iran, alliés de Bachar Al-Assad, ont repris du terrain en Syrie face à l’EI, ce qui accroît leur influence dans la région. A l’inverse, l’Arabie saoudite est empêtrée dans sa guerre au Yémen face aux rebelles Houthis. Ces derniers, soutenus par l’Iran, ont désormais la capacité militaire de frapper des villes et des ports saoudiens.

L’un des seuls leviers d’action du royaume saoudien pour redresser son influence est donc le Liban, où il conserve une forte influence grâce à l’importante communauté sunnite. En outre, l’Arabie Saoudite sait qu’elle peut compter sur le soutien des Etats-Unis, Donald Trump se faisant lui-même de plus en plus virulent vis-à-vis de l’Iran. Autre soutien du royaume saoudien, Israël, qui attend sa revanche depuis sa défaite contre le Hezbollah en 2006.

En se montrant aussi offensive, l’Arabie saoudite cherche à renverser la situation à son avantage. Et l’Iran l’a compris, c’est pourquoi aucune réaction aux récents événements n’a pour l’instant filtré. Même si des alliés de Téhéran sont au pouvoir en Syrie et en Irak, le rapprochement entre les trois puissances que sont Israël, l’Arabie saoudite et les États-Unis place l’Iran dans une impasse stratégique. Le gouvernement Iranien mise donc sur la prudence pour éviter de donner un prétexte à son ennemi pour l’attaquer. A l’inverse, les Saoudiens sont dans l’offensive. Objectif : faire monter les tensions régionales pour pousser les Etats-Unis et Israël à entrer dans une confrontation militaire avec l’Iran.

La crise politique au Liban n’est donc qu’une répercussion d’un conflit diplomatique bien plus grave. S’il est pour l’instant contenu, il suffirait que l’Iran perde son sang froid pour qu’une confrontation militaire soit engagée.

Pour ce qui est du Liban lui-même, le conflit aura forcément des répercussions. Que Saad Hariri démissionne réellement ou non mercredi, la fracture est ouverte et il sera désormais très difficile pour les représentants sunnites de se faire entendre. Des élections législatives doivent être organisées en mai 2018 mais cette nouvelle crise politique met le scrutin en danger. Il est pourtant essentiel puisqu’il s’agirait des premières législatives depuis huit ans dans un pays qui n’a pas eu de président pendant deux ans. Le Liban paye à nouveau le prix de son multiconfessionnalisme dans une région où appartenance religieuse et politique ne font souvent qu’un.
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