Comment fonctionnent les marchés financiers ?11 minute(s) de lecture

18/10/2017
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Le journal de 13 heures se termine par un point sur le cours de la bourse, le CAC 40 fait régulièrement les gros titres, les actionnaires des entreprises qui nous concernent prennent des parts sur les marchés financiers et les crises naissent sur ces mêmes lieux de transactions. Mais pour saisir l’importance de toutes ces actualités, connaître le fonctionnement des marchés financiers est essentiel. C’est pour cela que nous y consacrons ce long-format. Vous y trouverez également un lexique, téléchargeable, auquel vous pourrez vous référer à la lecture d’autres articles, sur Chronos ou ailleurs.

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Mais, au fait, c’est quoi un marché ?

Un marché financier, c’est un lieu, dématérialisé, où se confrontent l’offre et la demande de capitaux. Il permet de fixer les prix de différents instruments financiers que les acteurs échangent. Typiquement, des personnes qui manquent de capitaux vont être mises en relation avec d’autres qui présentent un excédent. Le débiteur signe une reconnaissance de dette dans laquelle il promet au créancier de rembourser le capital.  En échange du prêt, le créancier perçoit des intérêts ou des dividendes (s’il est actionnaire).  Mais les échanges peuvent être bien plus complexes et il existe autant de marchés que d’instruments financiers. Commençons donc par là.

 

Le marché dont on entend le plus parler est le marché boursier. Il se divise en deux catégories. Celle des actions : il s’agit d’un marché où sont négociés les titres de propriétés des entreprises, afin de financer leur développement par une augmentation du capital. Elles empruntent de l’argent pour investir et les actionnaires qui prêtent deviennent propriétaires d’une partie de l’entreprise, ce qui leur ouvre droit à une partie, proportionnelle, des bénéfices (dividendes). La deuxième catégorie du marché boursier est celle des obligations : il s’agit d’une part de dette (d’une entreprise, d’une institution financière ou même d’un État), à moyen ou long terme.

 

Pour emprunter à court (moins de trois mois) ou moyen terme (moins de deux ans), banques, compagnies d’assurances, entreprises et Etats se rendent sur le marché monétaire. C’est sur cette question de durée qu’il se différencie du marché des obligations. Le marché des obligations et le marché monétaire forment ensemble le marché des taux d’intérêts : c’est le premier marché mondial en termes de volumes échangés.

 

Le second est le marché des devises, ou des changes. On y échange des devises, à des taux variables. Les transactions se font en majorité entre banques, mais aussi entre des banques et des gestionnaires de fonds ou des entreprises. Des particuliers échangent aussi sur ce marché via les plateformes créées par les banques.

 

Un autre marché très important est celui des produits dérivés. Il est très particulier puisqu’il s’agit d’un marché sur les marchés. C’est-à-dire que les contrats sont faits sur des produits financiers déjà existants, comme des actions, des taux d’intérêt, de change, etc. Un produit dérivé est soit une assurance (contre la baisse du cours d’une action dont l’on est propriétaire par exemple) ou un pari. Dans ce cas-là, on peut par exemple s’en servir pour miser sur le défaut de remboursement d’une dette souveraine ou d’un crédit (CDS). C’est par ce dernier mécanisme que des spécialistes qui avaient prédit la crise des subprimes ont parié sur le non-remboursement du crédit immobilier de certains ménages américains et ont engrangé des millions de dollars lorsque la crise a éclaté.

Avant la présidentielle française, les contrats d’assurance contre un risque de défaut de paiement de la dette de l’Etat étaient très prisés, dans l’hypothèse d’une victoire du Front national puis du Frexit.

 

Depuis la crise de 2007, le marché des produits dérivés – qui était pourtant à l’origine de l’explosion de la crise au niveau mondial – n’a fait que progresser. Fin 2013, le montant des produits dérivés atteignait 710 000 milliards de dollars. En comparaison, le PIB mondial cette année-là était 73 000 milliards, soit 10,2% du marché des produits dérivés.

Les règles du jeu sont moins souples depuis la crise : on ne peut désormais plus contracter un CDS (credit default swap, protection contre un défaut de remboursement) sans être propriétaire d’une part dudit crédit, ou de la dette d’un Etat par exemple. Mais ce marché n’en est pas pour autant moins inquiétant. Car la majorité de ces titres sont concentrés au sein de quelques banques (JP Morgan, CitiBank, Goldman Sachs, Bank of America aux Etats-Unis, Deutsche Bank et les grandes banques françaises notamment en Europe). Celles-ci effectuent les transactions entre elles : quand une banque crée un produit dérivé pour un client (une autre banque ou un fonds d’investissement par exemple), elle achète la position inverse pour se protéger… à une autre banque ! Ce qui signifie que si l’une de ces banques fait faillite, toutes les autres plongent avec elle.

 

On parle parfois également de marché primaire et secondaire. Lorsqu’une entreprise, une institution financière ou un Etat veut se financer, elle émet des titres sur le marché primaire. Il est appelé ainsi car il regroupe tous les nouveaux titres financiers.

Une fois que le titre est émis, c’est-à-dire qu’il est créé et acheté, il est négociable sur le marché secondaire, qui est en quelque sorte le marché de l’occasion pour les produits financiers.

 

Avec ou sans les règles

Pour tous ces marchés, deux organisations sont possibles : réglementé ou de gré à gré.

Le marché réglementé, comme son nom l’indique, est un lieu d’échange qui obéit à certaines règles. Des régulateurs sont chargés de vérifier que les négociations les respectent.

Les règles concernent notamment les conditions d’accès au marché (quel statut avoir pour se financer ou acquérir un titre), l’organisation des transactions, les conditions de suspension des négociations, etc.

Des entreprises de marché (comme Euronext ou le London stock exchange) sont chargées d’effectuer des contrôles, en conformité avec les règles édictées par les autorités de contrôle, comme l’Autorité des marchés financiers (AMF) en France.

A l’inverse, sur le marché de gré à gré, acheteurs et vendeurs sont en relation directe, soit sur leur propre décision soit par l’intermédiaire d’une banque ou d’un courtier. Ce sont alors les deux parties qui négocient elles-mêmes les termes de la transaction (intérêts, durée, etc.), en dehors des règles et sans contrôle a posteriori. Si ce marché est plus souple, il est également plus dangereux : sans règles ni contrôle, aucune garantie que l’acheteur va payer ou que le vendeur va fournir les titres.

Les marchés que nous avons vu plus haut peuvent se tenir à la fois sur le marché réglementé et de gré à gré. C’est le cas notamment pour les produits dérivés et le marché obligataire secondaire (actions et obligations déjà créées, que les investisseurs revendent).

 

Divers instruments financiers

Sur ces marchés, il existe de nombreux instruments financiers qui ont des objectifs, des conditions et des durées de vie très différentes.

Commençons par les plus connues. L’action est une part du capital d’une société, qu’un investisseur acquiert afin de toucher un dividende (une part des bénéfices) et qui obtient alors un droit de vote en assemblée générale, ce qui lui permet de s’impliquer dans les décisions majeures de l’entreprise. L’obligation est une part d’emprunt, qui donne lieu à un remboursement avec intérêt, spécifié au départ. Ces titres doivent avoir un terme supérieur à un an.

Un autre instrument très utilisé, les Organismes de placement collectif en valeurs mobilières (OPCVM). Il s’agit de fonds qui sont assemblés par des organismes tiers à partir de divers titres, puis vendus comme un “portefeuilles” à divers investisseurs, notamment des particuliers. On parle alors de titrisation :  un montage financier réalisé à partir de plusieurs titres. Le risque étant qu’au milieu de ces titres s’en cache un en mauvaise posture, comme pour les subprimes, et qui fasse ainsi chuter la valeur de tout le portefeuille.

Viennent ensuite les produits dérivés, c’est-à-dire ceux qui dépendent des produits énoncés ci-dessus mais aussi des devises, des taux de change ou des matières premières.

Le plus ancien est le contrat forward, créé à l’origine pour permettre aux agriculteurs de fixer le prix de leur prochaine récolte. Ces contrats permettent de définir les termes d’une transaction qui aura lieu à une date future, définie à l’avance. Ils permettent alors de se prémunir de la baisse des cours, au risque pour l’acheteur d’être perdant si le cours évolue positivement. Ces contrats sont négociés de gré à gré. On parle de contrat future quand ce même type de transaction est négocié sur le marché réglementé.

Le contrat d’option est lui plus souple : il permet à l’acheteur de valider ou non la transaction à une date ultérieure. Un prix est fixé à l’avance et si, l’échéance venue, celui-ci n’est plus avantageux pour l’acheteur, il n’est pas obligé d’honorer la transaction. Des options sont négociées sur les marchés réglementés et de gré à gré.

Dernière catégorie : le swap. C’est un contrat d’échange de flux financiers entre deux parties, généralement des banques ou des institutions financières. Le plus classique est l’échange d’un prêt à taux fixe contre un à taux variable. On trouve aussi le swap de devises, qui consiste à échanger des taux d’intérêts dans deux monnaies différentes. Et c’est également dans cette catégorie que l’on retrouve le CDS, credit default swap, dans lequel on échange une protection sur le risque d’un crédit contre des versements réguliers durant la durée du swap. Les swaps sont négociés de gré à gré.

 

Qui intervient sur les marchés financiers ?

Sur les marchés financiers, l’on trouve différents types d’investisseurs.

La plus grande catégorie est celle des investisseurs institutionnels : les banques, les compagnies d’assurance, les gestionnaires de placement collectif (OPCVM), les fonds de pension (gestionnaires des fonds d’une entreprise).

On rencontre également des entreprises, qui participent au capital d’autres entreprises afin de dégager d’autres bénéfices.

Interviennent par ailleurs des personnes physiques, qui peuvent investir en Bourse après avoir acquis un compte-titres ordinaire (CTO) ou un Plan d’épargne en action (PEA), et des clubs d’investissements composés de plusieurs particuliers. Ils peuvent entre autres acquérir des actions.

Certaines transactions sont réservées à une catégorie d’investisseurs. C’est le cas des obligations d’Etat nouvellement émises par exemple, qui peuvent être achetées seulement par des investisseurs institutionnels sélectionnés par l’organisme gestionnaire de la dette de l’Etat –en France, c’est l’Agence France trésor.

Du côté de ceux qui émettent les titres, on compte donc des entreprises, des Etats et des institutions financières.

 

Qu’est-ce qui fait varier les cours ?

Les cours des titres financiers échangés sur les marchés sont volatiles. Ce qui explique leur constante évolution, c’est le principe de l’offre et la demande. S’il y a plus de personnes qui désirent acheter un titre (demande) que de personnes qui souhaitent en vendre (offre), le cours augmente. Au contraire, si plus de personnes souhaitent vendre le titre (offre) qu’il n’y a de personnes prêtes à l’acheter (demande), le cours diminue. Le principe est simple. Ce qui est plus complexe, ce sont les raisons pour lesquelles les personnes souhaitent acheter ou se débarrasser d’un titre.

La principale est la santé de l’entreprise, dans le cas des actions : si l’entreprise dégage énormément de bénéfices et que le secteur est propice à son épanouissement, beaucoup de personnes vont souhaiter acheter des actions. Au contraire, si la santé de la boîte se dégrade ou que le secteur entier est en panique, les actionnaires vont chercher à revendre leurs parts, et le cours de l’action va chuter. Parfois, le cours de l’action grimpe ou chute sur de simples prédictions (ralentissement d’un secteur d’activité, rachat d’une entreprise, etc.), ce qui crée la panique.

Le principe est finalement le même pour les devises (décision d’un Etat ou d’une Union qui peut avoir un impact sur la valeur de la monnaie, conjoncture économique du pays) et les matières premières (pénurie, conflit dans une zone de production).[/private]

Pour compléter ce focus, consultez ou téléchargez notre Lexique de la finance.

 

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