Monnaies locales : quand les citoyens se réapproprient leur territoire4 minute(s) de lecture

11/10/2017
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Les monnaies locales, parfois aussi appelées complémentaires, fleurissent en France. Ces billets à l’effigie d’un territoire permettent de le redynamiser en privilégiant le commerce local et en court-circuitant l’économie traditionnelle. Autour de ces monnaies, c’est également du lien social qui se crée. Une trentaine ont déjà vu le jour et autant sont en projet.

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En France, dans une trentaine de localités, on peut régler ses achats avec une autre monnaie que l’euro. C’est par exemple le cas à Toulouse, depuis 2012, avec une monnaie locale complémentaire : le sol-violette. Mieux que ça, cette monnaie n’a pas été créée par le système ou le gouvernement mais par un regroupement de citoyens.

A cette annonce, la première réaction est la surprise : “Ah oui, c’est légal de créer une monnaie en France et de s’en servir à la place de l’euro ?”. Et bien oui, depuis la loi Hamon adoptée fin juillet 2014, les monnaies locales ont une reconnaissance légale.

Mais pour être autorisés, ces titres de paiement doivent être émis par des structures qui relèvent de l’économie sociale et solidaire. En clair, la structure – association, coopérative, etc. – qui crée cette monnaie doit avoir pour objectif de dynamiser socialement son territoire.

“Une monnaie locale se construit avec les citoyens”

Quiconque a des objectifs louables peut donc créer une monnaie locale. Mais, attention, pas si simple en pratique. Brigitte Abel, à l’initiative avec son association de la Pêche, la monnaie complémentaire de Montreuil, en banlieue parisienne, prévient : “On a mis deux ans à la monter. Ça se fait avec les citoyens.” Première chose à faire donc : trouver des commerçants qui accepteraient une monnaie locale et des habitants qui seraient prêts à l’utiliser. “Si on est dix dans une salle, ça ne sert à rien”, s’amuse la militante.

Par chance, les créateurs de la Pêche ont trouvé une vingtaine de commerçants et une centaine de personnes intéressées, dont quelques élus locaux. Aujourd’hui, la Pêche peut être dépensée dans plus de 70 commerces à Montreuil et dans les villes voisines.

Une unité de monnaie locale = un euro

Pour se servir d’une monnaie locale, il suffit de convertir ses euros. Et pas de calcul à faire puisqu’un euro = une unité de monnaie locale. Les billets, protégés contre la fraude, sont alors utilisables dans tous les commerces partenaires du réseau. Généralement, des services du quotidien en font partie : boulangerie, épicerie, pharmacie, etc.

Les échanges en monnaie locale chez ces commerçants permettent de court-circuiter le système monétaire traditionnel au profit de l’économie locale. En temps normal, si l’on fait nos courses à l’épicerie pour quarante euros, cette somme sera versée à la banque par l’épicier. L’établissement s’en servira alors pour spéculer, sans que le client ni l’épicier ne sache ce que finance son argent.

Avec une monnaie locale, les échanges sont circulaires et se font sur le territoire. Crédit visuel : La Pêche Montreuil.

Avec une monnaie locale, les échanges sont circulaires et se font sur le territoire.
Crédit visuel : La Pêche Montreuil.

Si je dépense 40 unités de monnaie locale chez un épicier partenaire, il peut utiliser cet argent pour régler ses propres achats chez des commerçants du réseau. Ou il peut par exemple faire réaliser ses travaux par un artisan qui lui-même choisira un fournisseur qui accepte la monnaie locale. De cette façon, les échanges locaux sont stimulés.

L’économie locale a ainsi plus de chance de devenir dynamique, ce qui permet de créer de nouveaux emplois. En augmentant les échanges locaux, on réduit aussi l’empreinte écologique du territoire (moins de transport des denrées et matériaux, moindres déplacements pour obtenir ses produits). L’aspect social est également mis en avant par les créateurs de monnaie locale qui vantent le développement des échanges entre les citoyens.

Maintenant, si le commerçant chez qui j’ai dépensé mes quarante unités de monnaie locale ne les utilise pas, il peut les reconvertir en euros. Là, les systèmes varient d’une monnaie locale à l’autre. A Montreuil, 3% sont retenus sur chaque Pêche reconvertie en euro et reversés à une association que l’utilisateur choisit de soutenir.

Pas de pièces de monnaie locale

Un système qui paraît donc vertueux mais qui peine tout de même à toucher une majorité de citoyens et donc à porter pleinement ses fruits sur les territoires. Certains trouvent son utilisation trop compliquée : il faut prendre le temps d’aller convertir ses euros.

De plus, il n’existe pas de pièces de monnaie locale et on ne peut pas rendre la monnaie sur les billets locaux. Si je fais, par exemple, 5€40 d’achats, deux solutions s’offrent à moi : donner cinq unités de monnaie locale et quarante centimes d’euros ou donner six unités et perdre soixante centimes. Dans certains cas, payer en monnaie locale demande un peu d’organisation. Pour y remédier, certains utilisent un système d’échange de monnaie par SMS, comme à Nantes par exemple. En un texto, les achats sont réglés. Mais pour Brigitte Abel, rien ne vaut les billets, représentatifs visuellement du territoire qu’elle soutient.[/private]

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