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Pourquoi on reste attachés à la musique de notre jeunesse5 minute(s) de lecture

16/05/2018
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Que vous soyez fan de musique ou non, il est fort probable que vous soyez toujours attaché à la bande-son de votre adolescence. Vous ressentez un flux d’émotions diverses quand vous réentendez une chanson de vos années collège-lycée ? Lorsque vous réécoutez un morceau associé à l’une de vos premières fois ? Ce ressenti a une explication scientifique : la musique que l’on a écouté entre nos 12 et 22 ans nous marque à vie, notamment à cause de nos hormones. Explications.

 
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Vous êtes fan des playlist années 80/90/2000 ? Des vidéos “Hits of” de telle ou telle année ? Vous faites des karaokés entre potes sur les chansons françaises de votre jeunesse ? Rien de plus normal. Psychologues et experts en neurosciences ont démontré que la musique écoutée pendant notre adolescence exerce sur nos émotions un pouvoir disproportionné. Et ce durant toute notre vie. En effet, notre cerveau crée un lien plus étroit avec la musique que nous écoutons durant notre adolescence qu’avec tout ce que nous pouvons entendre une fois adultes. La nostalgie musicale n’est pas seulement culturelle : elle est inscrite dans nos neurones.

 

Pour mieux comprendre ce phénomène, il faut d’abord s’intéresser à la façon dont notre cerveau traite la musique. La première fois que nous entendons une chanson, notre cortex auditif est sollicité pour convertir les rythmes, les mélodies et les harmonies en un tout cohérent. Puis notre réaction à la musique dépendra de la manière dont on interagit avec elle. Lorsque l’on danse, les neurones assurent la synchronisation avec le rythme de la musique. Si on concentre sur les paroles ou l’instrumentation, le lobe pariétal nous aide à passer d’un stimulus à l’autre et à nous concentrer. Et, lorsqu’une chanson déclenche des souvenirs, c’est le cortex préfrontal qui entre en action : il réactive les informations relatives à notre vie personnelle et à nos relations avec les autres.

 

Un pouvoir émotionnel comparable à l’amour et à la drogue

Lorsqu’elle est associée à des souvenirs, la musique a alors un pouvoir émotionnel seulement comparable à l’amour et à la drogue. Ainsi, nos chansons préférées stimulent les circuits du plaisir. Un flot de dopamine, de sérotonine et d’ocytocine – des hormones du bonheur – est libéré. Plus on aime une chanson, plus cette béatitude neurochimique est intense, grâce aux neurotransmetteurs activés dans notre cerveau. Certains sont d’ailleurs les mêmes qui sont activés lors de la consommation de cocaïne.

Cette réaction neurochimique se fait tout au long de la vie mais elle est particulièrement intense entre 12 et 22 ans. Logique, puisque c’est la période où notre développement neurologique est, lui aussi, le plus intense. Et les connexions neuronales qui se forment quand on écoute une chanson à ce moment-là de notre vie sont chargées d’émotions exacerbées, dues en partie aux hormones de croissances propres à la puberté. Ces hormones disent en quelque sorte à notre cerveau que la bande-son de notre adolescence est d’une extrême importance. Nos neurones gardent cela en mémoire et réactivent cette sensation lorsque l’on réécoute ces chansons, même vingt ans plus tard.

 

Un sentiment d’identité qui nous suit toute notre vie

Ce procédé suffit à lui seul à imprimer ces chansons dans notre cerveau pour toute notre vie. Mais d’autres éléments, psychologiques cette fois, interviennent pour renforcer l’importance de la B.O de notre adolescence. Pour Daniel Levitin, qui a écrit De la note au cerveau, la musique de nos jeunes années est encore plus liée à notre vie sociale que celle d’autres périodes de nos vies. En partie car c’est la première fois de notre vie que nous découvrons de la musique seuls. La musique devient alors une revendication ou un signe d’appartenance. Elle forge alors notre sentiment d’identité.

Petr Janata, psychologue à l’université de California-Davis, explique qu’un autre facteur entre en jeu : le pic de réminiscence. En clair, cela signifie que l’on se rappelle bien mieux de nos années de jeune adulte que des autres. Selon cette théorie, nous avons tous un “scénario de vie” incrusté dans notre mémoire et en partie dicté par notre culture, qui nous sert à raconter notre propre histoire. Lorsque nous parlons de notre passé, les souvenirs qui dominent sont heureux et datent de notre adolescence ou de notre vie de jeune adulte.

Des chercheurs de l’université de Leeds ont proposé une explication à cela : les années qui dominent notre pic de réminiscence coïncident avec “l’émergence d’une identité stable et durable”. Concrètement, c’est entre 12 et 22 ans que nous devenons qui nous sommes. Les souvenirs de cette époque prennent alors une importance décuplée et ce pour le restant de notre vie. Car ils font partie intégrante de notre sentiment d’identité.

 

Echo émotionnel

Dans ce processus, la musique a deux rôles. Certaines chansons deviennent des souvenirs en elles-mêmes car elles se sont immiscées avec force dans notre mémoire, grâce à nos hormones de croissance notamment. C’est certainement valable pour toutes les chansons que vous vous plaisez à chanter en karaoké.

D’autres, au contraire, sont associées à des souvenirs plus précis. Ce single écouté durant tout un été, la chanson de notre premier baiser, de notre première soirée. Ces moments, avec le recul, peuvent paraître moins importants. Mais la musique qui y est associée conserve elle son écho émotionnel.

 

Certes, à la lecture de ces théories, on peut y voir un côté déprimant : on n’aimera plus jamais une chanson comme ce fut le cas lors de nos jeunes années. Mais cela n’empêche pas d’apprécier la musique toute sa vie, même si l’on ne retrouve pas cette intensité. On peut aussi s’émerveiller de la complexité de notre cerveau, qui est capable de créer un tunnel spatio-temporel qui nous ramène à des émotions ressenties il y a des années. Pour se laisser inonder d’une joie adolescente, il nous suffira toujours d’appuyer sur “play”.
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