Le mythe du cerveau gauche et du cerveau droit7 minute(s) de lecture

08/02/2018
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Êtes-vous plutôt cerveau gauche ou cerveau droit ? Vous avez peut-être déjà fait le test sur Internet ou dans un magazine. Si vous utilisez plutôt la partie droite, on vous a alors suggéré que vous avez une personnalité artistique, créative et émotive. Et si vous utilisez davantage la partie gauche, alors vous êtes logique, analytique, consciencieux. Cette théorie, très populaire depuis plus d’un siècle, n’a en fait aucune base scientifique. Grâce aux IRM, une récente étude a démontré qu’il s’agissait purement et simplement d’un mythe. En revanche, le cerveau a bien deux hémisphères qui jouent parfois des rôles différents. Mais cela n’a aucune incidence sur votre personnalité. Allez, on démêle le vrai du faux.

 
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Durant des siècles, le cerveau a été considéré comme un organe symétrique. Il est vrai qu’il possède deux hémisphères aux structures globalement identiques. Mais, en 1861, le scientifique Paul Broca fit une découverte qui allait bouleverser la perception du cerveau. Il suivait un patient qui avait perdu l’usage de la parole. Après son décès, le chercheur examina son cerveau et découvrit que seul son hémisphère gauche était lésé. Les années suivantes, d’autres cas ont confirmé le rôle de l’hémisphère gauche dans le langage. C’est ainsi qu’est née la théorie de l’asymétrie cérébrale.

 

Une latéralisation du cerveau qui se répercute sur la personnalité ?

L’idée que les hémisphères ne sont pas équivalents et que chacun a sa spécialisation est donc relativement ancienne. Mais la “théorie des deux cerveaux” telle que nous la connaissons aujourd’hui a été popularisée dans les années 1970 par trois neurologues de l’Université Harvard : Geschwind, Levitsky et Galaburda.

Selon eux, chaque hémisphère cérébral joue un rôle particulier : c’est la “latéralisation” du cerveau. L’hémisphère gauche est considéré comme le spécialiste du langage et de la pensée rationnelle. L’hémisphère droit est vu comme le siège de la représentation de l’espace et des émotions. Ils s’appuyaient sur les travaux de Paul Broca et de ceux qui ont étudié les lésions cérébrales après lui. Par exemple, une lésion survenant dans l’hémisphère droit induit généralement une altération des capacités à percevoir les formes et à s’orienter. En rassemblant différentes études, ils ont établi une cartographie du cerveau et des aires nécessaires à la vision, l’audition, la motricité, etc.
 

Un prix Nobel en 1981

On est alors aux débuts de l’étude du fonctionnement du cerveau et la technologie était bien moins développée qu’aujourd’hui. C’est pourquoi les chercheurs s’appuyaient majoritairement sur l’étude des lésions. Mais elles doivent être interprétées avec prudence puisque l’on sait aujourd’hui que le fait d’observer un trouble fonctionnel, suite à la lésion d’une région, n’implique pas obligatoirement que cette région soit le siège de la fonction. Par exemple si la parole disparaît, cela signifie que la zone touchée est nécessaire à l’expression verbale, mais ce n’est pas forcément la seule.

Mais, à l’époque, on n’a aucune raison de mettre en doute cette approche. C’est pourquoi elle a même valu un prix Nobel de médecine au neurophysiologiste américain Roger Sperry en 1981. Déjà populaire, cette théorie de la personnalité autour des deux hémisphères s’est répandue comme une traînée de poudre.

 

Le Yin et le Yang du cerveau

Dans leur livre Cerveau, sexe et pouvoir, les chercheuses Catherine Vidal et Dorothée Benoit-Browaeys, expliquent son succès : “Malgré des bases expérimentales manifestement peu étayées, la théorie des deux cerveaux a séduit beaucoup de monde car elle est simple et cristallise une représentation bipolaire du monde. On ne s’étonnera pas que cette théorie soit devenue le creuset de toutes sortes de spéculations plus ou moins mystiques. Dans les années 70, à l’heure où le mouvement hippies recherchait des méthodes d’épanouissement, de nouveaux gourous ont exploité le filon symbolique des deux cerveaux, présentés comme le yin et le yang. A gauche le langage, la raison, l’esprit d’entreprise et tout ce qui représente les valeurs de l’Occident. A droite, la perception de l’espace, l’affectivité, la contemplation et les valeurs de l’Orient et de l’Asie. Nombres d’ouvrages et de stage “d’initiation” proposaient des méthodes pour “penser équilibré”. Et le filon n’est toujours pas épuisé ! Ces arguments sont toujours utilisés dans une certaine presse grand public.”

En effet, même aujourd’hui, il suffit de taper “cerveau gauche cerveau droit” sur YouTube pour tomber sur des dizaines de vidéos vous proposant de réaliser un test, de développer un des hémisphères ou d’apprendre à équilibrer les deux.

 

Les connexions cérébrales fonctionnent par paire : une dans chaque hémisphère

Pourtant, cette théorie a été invalidée en 2013 : des chercheurs de l’université de l’Utah ont publié dans la revue américaine Plos One une étude montrant que l’utilisation des hémisphères cérébraux n’influence en rien la personnalité.

L’étude des neurologues se basait sur un millier de volontaires âgées de 7 à 29 ans. Tandis qu’ils étaient en situation de repos, les cerveaux des participants ont été étudiés à l’aide de l’imagerie par résonance magnétique (IRM).

Objectif : vérifier le phénomène de la latéralisation. Avant de commencer leur analyse, ils ont donc divisé le cerveau en 7 000 régions dans le but de voir si certaines connections dominaient plutôt dans l’hémisphère droit ou gauche. Puis ils ont scruté à la loupe le cerveau des volontaires pour vérifier le nombre de connections cérébrales dans chaque hémisphère. Si l’on en croit la théorie de la latéralisation, certaines connections se développent davantage dans une zone plutôt que l’autre.

Les chercheurs américains ont en fait découvert que les connections fonctionnent par paire. Une connexion qui se déroule dans une région de la partie gauche du cerveau entraîne une connexion similaire dans la même région de la partie droite. Il y a donc une corrélation cérébrale entre les deux hémisphères du cerveau mais aucun n’est plus mobilisé que l’autre.

 

Le cerveau est asymétrique, mais pas latéralisé

Pour le directeur de l’étude, Jeff Anderson, la corrélation entre le type de personnalité et la dominance hémisphérique est une idée simpliste : “Il est certain que certaines aptitudes mentales se déroulent dans certaines zones du cerveau plutôt que d’autres. Le langage se situe à gauche, la concentration davantage à droite. Mais les gens ne mobilisent pas particulièrement l’hémisphère gauche ou droite. Il semble que les types de personnalité ne s’expliquent pas par rapport à l’activité ou aux connections de l’un des deux hémisphères.”

Dans les conclusions de l’étude, les chercheurs insistent bien sur le fait que certaines fonctions sont bien localisées dans certaines zones. Par exemple, chez la plupart des droitiers, la parole émane d’une zone gauche du cerveau. Mais cela ne veut pas dire que les droitiers utilisent davantage leur hémisphère gauche en règle générale. Ni que cela influence leur personnalité. Jeff Anderson démontre que ce sont les connexions au travers des différentes zones du cerveau, et donc dans les deux hémisphères, qui nous permettent à la fois l’analyse et la créativité.

La rupture cerveau gauche/cerveau droit telle qu’elle nous a été présentée n’existe donc pas. Jeff Anderson le dit très simplement : “L’hémisphère gauche n’est pas plus associé au raisonnement et la logique que le droit. Et la créativité n’intervient pas plus dans l’hémisphère droit que dans le gauche.” Vous pouvez donc être à la fois créatif et logique, émotif et analytique, artistique et consciencieux.
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