Que savons-nous sur le bonheur ?13 minute(s) de lecture

03/08/2017
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Le bonheur… Tout le monde le recherche mais qui y travaille vraiment ?
Et nous apprend-on à le trouver ? Certains diront l’atteindre, comme s’il s’agissait d’un état permanent. Les chercheurs qui ont travaillé sur le sujet s’accordent plutôt à dire que le bonheur peut être ressenti chaque jour, en y travaillant, mais qu’il ne dure parfois que quelques secondes. À la lumière de leurs recherches, partons ensemble à la recherche du bonheur, avec la certitude cette fois de le trouver.

 

La DOSE : les quatre hormones du bonheur

Commençons par identifier celui qui nous permet de ressentir le bonheur : le cerveau. Et plus particulièrement quatre neurotransmetteurs (ou hormones) responsables de formes différentes de bonheur et qui forment ensemble la DOSE, selon l’acronyme utilisé par Elisabeth Grimaud, docteur en psychologie cognitive. Il s’agit de la dopamine, de l’ocytocine, de la sérotonine et de l’endorphine.

La dopamine est souvent considérée comme le neurotransmetteur de la réussite : elle est libérée lorsque l’on est allé au bout de quelque chose et que nos efforts ont payé. Cela peut être un devoir difficile pour lequel on obtient une bonne note, une randonnée éprouvante avec un beau paysage à la fin, une conversation que l’on redoute d’avoir avec un proche mais qui se passe bien et vous aide à avancer. Dans toutes ces situations, et bien d’autres similaires, la dopamine est envoyée pour nous signifier que l’on est sur la bonne voie : on a alors un sentiment d’accomplissement que rien ne peut ébranler, et qui contribue à notre bonheur.

L’ocytocine, c’est l’hormone de l’attachement. Elle est connue depuis des années pour contribuer à créer le lien mère-enfant mais, selon des études plus récentes, elle intervient dans tous les liens sociaux. Que ce soit en réponse à une caresse ou un orgasme (lien amoureux) ou à une bonne conversation avec quelqu’un (lien amical). Et, finalement, dans toutes les situations où l’on crée du lien positif avec les autres : répondre à quelqu’un qui demande un renseignement, ramener un souvenir de voyage à un proche, partager un moment avec des amis, etc.

La sérotonine, qu’on appelle souvent l’hormone du bonheur. Il s’agit d’un raccourci puisque d’autres neurotransmetteurs contribuent au bonheur, mais la sérotonine est certainement celui que l’on connaît le mieux. En fait, cette hormone agit sur notre sensation de bien-être, de joie et d’optimisme. Elle est diffusée lorsque l’on se sent important et utile : après une réussite personnelle ou avoir aidé quelqu’un par exemple. Elle est également déclenchée quand on se rappelle nos réussites passées ! Au contraire, si l’on manque de sérotonine, les sentiments de solitude et de tristesse apparaissent. Pour la produire, rien de tel qu’un peu d’activité physique (ne serait-ce que de la marche rapide), une exposition d’une vingtaine de minutes au soleil et un repas riche en bons glucides (riz complet, lentilles, poissons gras, huile de colza, etc. qui contiennent du tryptophane, un acide aminé transformé par nos cellules en sérotonine).

Enfin, l’endorphine permet d’apaiser la douleur et le stress. Elle est connue dans le milieu sportif pour donner un boost vers la fin d’un long effort, où la douleur disparaît et la motivation prend sa place. Mais un autre très bon moyen de déclencher l’endorphine est… le rire ! Même chose pour le sourire (sincère), les discussions (positives), les moments passés avec les êtres aimés et l’activité sexuelle (seul ou à plusieurs!).

Pour être heureux chaque jour, il suffirait donc de déclencher ces quatre neurotransmetteurs. Nous verrons comment faire plus en détails un peu plus tard.

 

Le précunéus, la zone du bonheur ?

Restons pour l’instant concentrés sur le cerveau et sur une découverte des chercheurs de l’Université de Kyoto (Japon) en juillet 2017. Leurs travaux, publiés dans la revue Scientific Reports, montrent que le bonheur est visible dans le cerveau. Ils ont analysé les IRM de 51 volontaires d’une vingtaine d’années et ont remarqué qu’une zone du cerveau était particulièrement développée chez les personnes heureuses. Il s’agit du “précunéus”, une petite région du lobule pariétal supérieur auparavant peu étudiée. On savait simplement qu’elle jouait un rôle dans les fonctions cognitives (mémoire, langage, etc.). Une étude avait également déjà montré que la méditation augmente la quantité de matière grise dans cette partie du cerveau.

Lors de l’expérience, les volontaires ont reçu des compliments, ce qui doit déclencher le sentiment de bonheur, mais pas avec la même intensité chez tout le monde. Les volontaires qui avaient ressenti cette émotion positive de manière intense étaient ceux qui présentaient une quantité supérieure de matière grise dans le précunéus. La localisation de cette zone devrait aider les chercheurs à en savoir plus sur le bonheur dans les prochaines années !

 

Célébrité et argent ne font pas le bonheur,
ni le travail à proprement parler

Maintenant que nous avons vu ce que la science a pu nous apprendre du bonheur, voyons du côté de la sociologie. Et plus précisément de la plus grande étude menée sur le sujet, par le psychiatre Robert Waldinger et son équipe de la faculté de médecine de l’université d’Harvard. 724 hommes américains ont été suivis par les chercheurs durant 75 ans, avec pour objectif de répondre à la question : “Qu’est-ce qui vous rend heureux tout au long de votre vie ?”. Ces hommes ont été choisis en 1938, à l’aube de la seconde guerre mondiale. Le premier groupe, de 268 hommes, était constitué d’étudiants en deuxième année à Harvard. On trouvait parmi eux un certain John Fitzgerald Kennedy, devenu 35ͤ président des États-Unis ! Le second groupe était composé de 456 jeunes hommes qui habitaient le quartier le plus pauvre de Boston.

Pour mener cette étude, les chercheurs ont interviewé régulièrement les participants, leur entourage mais ont aussi consulté leurs dossiers médicaux. La première conclusion de cette étude, c’est que ces hommes s’étaient trompés sur les sources de bonheur. Au début de l’étude, ils considéraient pour la plupart que l’argent et la gloire étaient les choses les plus susceptibles de leur apporter du bonheur au cours de leur vie. Finalement, ils étaient très peu à citer ces choses comme source de bonheur dans les interviews qui ont ponctué leur vie, même s’ils étaient devenus riches et célèbres, ou du moins reconnus dans leur domaine de compétence.

 

De l’importance de l’entourage

Selon les conclusions de l’étude, être heureux, c’est privilégier les rapports sociaux. « Les personnes qui sont plus connectées socialement à leur famille, leurs amis, leur communauté, sont plus heureuses, sont physiquement en meilleure santé, et vivent plus longtemps que celles qui sont moins bien connectées », expliquait Robert Waldinger lors d’une conférence.

 

Des relations de qualité…
même en petite quantité !

Selon Robert Waldinger : « ce n’est pas seulement le nombre d’amis que vous avez, ou que vous soyez ou non engagé dans une relation, mais c’est la qualité de vos relations proches qui compte ». Exit donc les relations toxiques faites de reproches, de violences et de toute émotion négative qui prendrait le dessus.

Il y a un vrai risque à les maintenir puisque, selon l’étude, les personnes qui se disaient malheureuses dans leur couple, en manque d’affection et se trouvant dans un “milieu conflictuel” souffriraient davantage des douleurs physiques liées au vieillissement. La démonstration est ici faite pour le couple mais cela peut arriver avec des membres de la famille, des amis ou des collègues de travail.

Au contraire, des relations de qualité avec toutes ces personnes rend plus heureux et préserve notre capital santé puisque, selon le chercheur, “la complicité nous prévient des aléas de l’âge”.

 

Du bonheur de maintenir ses relations

S’il est bon de bannir les personnes toxiques de votre entourage, cela ne vaut pas dire qu’il faut éliminer les gens de votre vie à la moindre dispute et sans avoir essayé de régler vos désaccords. Non, selon l’étude d’Harvard, les disputes sont même saines : “Les relations n’ont pas à être lisses, l’important étant qu’elles reposent sur un socle solide”. Les personnes qui ne sont pas séparées ou n’ont pas divorcé ainsi que celles qui n’ont pas eu “de sérieux problèmes” avant 50 ans dans leurs relations montraient de meilleurs résultats (en termes de bonheur et de santé) que celles qui ont eu beaucoup de relations éphémères, tant au niveau amoureux qu’amical.

Et ce sont finalement ces relations saines, qui se sont établies sur la durée, que les participants à l’étude citaient comme principale source de bonheur. Qu’il s’agisse des petits bonheurs du quotidien ou d’une sensation de plus longue durée, comme l’impression d’avoir vécu une vie heureuse.

 

Le bonheur est un choix

Oui, il y a une part de génétique au bonheur. Par exemple, certaines personnes disposent de réserves de sérotonine plus importantes. Mais il reste tout de même 40% dont nous sommes entièrement maîtres, selon le psychologue William James, qui a déclaré : « Une des plus grandes découvertes de notre temps, c’est que l’humain peut changer sa vie en changeant son attitude face à celle-ci ».

Pour changer d’attitude face à la vie, il faut d’abord apprendre à dompter son cerveau. Ce dernier est conçu pour accorder plus d’importance aux expériences négatives que positives, selon le neuropsychologue Rick Hanson. Cela s’explique par le fait que le cerveau est conçu pour régler des problèmes, initialement liés à nos besoins primaires (se nourrir, se protéger du chaud et du froid, etc.). On parle d’un “biais négatif” qui fait que les mauvais souvenirs seront plus intenses que les bons. Mais l’on peut travailler sur cela en prenant le temps de s’attarder sur les moments positifs de la vie : observer la beauté d’un paysage ou d’une personne, faire un compliment, se féliciter pour une réussite, se régaler d’un bon plat, écouter une musique joyeuse, etc. Autant de petites joies qui peuvent former le cerveau à reconnaître et privilégier le bonheur.

Si le bonheur est un choix, il n’est pas forcément explicite et beaucoup s’en rendent compte trop tard. C’est ce que raconte Bronnie Ware, une infirmière australienne dans une unité de soins palliatifs, qui a écrit le livre Les cinq grands regrets des personnes mourantes. Dans un billet pour le Huffington Post, elle détaille ses entretiens avec des personnes âgées qui avaient réalisé trop tard ne pas avoir choisi le bonheur, s’être empêtrées dans de vieilles habitudes et façons de faire, par peur du changement. Mais ce confort qui n’en était pas vraiment un a usé leur santé et les a fait passer à côté du bonheur. L’expérience de cette infirmière concorde avec l’étude d’Harvard, puisque ses patients déclarent également avoir trop délaissé leurs proches et passé trop de temps à s’occuper de leur travail.

 

Comment nourrir le bonheur chaque jour ?

Alors comment ne pas en arriver là, quand nous sommes absorbés par notre travail et les occupations de la vie quotidienne et que nos emplois du temps ne correspondent pas toujours avec ceux des personnes que l’on souhaiterait voir plus souvent ?

Et bien cela se travaille au quotidien, en se mettant dans la bonne posture. La psychologue Elisabeth Grimaud a développé la formule du “beau, bien, bon” pour nous faciliter le travail. Il s’agit, chaque jour, d’accorder une plus grande attention à la beauté qui nous entoure (beau), d’être plus présent à chaque instant (bien) et dans nos relations avec les autres (bon). Cela ne va pas forcément changer ce que vous faites de vos journées, mais seulement votre façon de les apprécier. Vous pourrez par exemple trouver le beau en observant le paysage ou l’architecture sur votre trajet pour aller au travail, le bien en remarquant un sourire qui vous est adressé ou en l’adressant à quelqu’un, le bon en ayant une conversation authentique et bienveillante avec un(e) collègue au lieu de parler de la pluie et du beau temps. Toutes ces petites choses sont capables de déclencher les hormones du bonheur et de dompter votre cerveau pour le rendre plus sensible aux joies futures. En fin de journée, vous pouvez réfléchir aux choses qui ont fait votre “beau, bien bon”, voire même les écrire sur votre agenda, votre téléphone ou un carnet dédié.

Vous pouvez aussi nourrir ce bonheur en faisant du bien à votre corps. Passer une vingtaine de minutes dans la nature ou au soleil, pratiquer une activité physique chaque semaine, dormir au moins 6 heures par nuit sont des habitudes qui mettent le corps dans une bonne disposition face au bonheur.

 

Bichonner ses ami(e)s

Nous l’avons vu, les relations sont l’ingrédient principal du bonheur. Les chercheurs de l’Université de Nottingham ont démontré que les personnes les plus heureuses sont celles qui ont entre 5 et 10 amis et qui nourrissent ces relations. Cela ne veut pas dire nécessairement les voir tous les jours, mais avoir régulièrement des attentions à leur égard. Cela peut être un message pour leur dire que quelque chose vous a fait penser à eux, un appel car quelque chose d’important s’est passé dans vos vies, une sortie ou un voyage que vous préparez ensemble, une simple balade, un cadeau ou une fête surprise, etc. Autant de choses qui vont libérer la fameuse ocytocine, l’hormone de l’attachement. Et participent à votre “beau, bien, bon” pour peu que vous y prêtiez attention.

Nouveautés et projets dopent le bonheur

Mais ce que vous faites pour vous dans votre vie est également une grande source de bonheur. La nouveauté est un moteur du bonheur, et c’est la science qui le dit. Innover stimule la fonction motrice et les ondes cérébrales. On ne parle pas là de changer radicalement de style de vie. Cela peut être commencer un nouveau sport, tester une nouvelle activité, découvrir un nouveau style de musique, apprendre une nouvelle langue, tester de nouvelles recettes de cuisine, etc.

Pour toutes ces nouvelles choses que vous pouvez entreprendre et pour ce qui fait déjà votre quotidien, se fixer des objectifs permet d’éprouver plus de bonheur dans nos activités, selon les études menées par le psychologue Jonathan Freedman. Veillez tout de même à ce que ceux-ci soient réalisables pour éviter les déceptions !

Grâce au Psychological Bulletin, on apprend également qu’ “anticiper le bonheur rend réellement heureux”. Il s’agit de prévoir des événements agréables, là aussi des petites choses comme le fait de manger un bon dessert le soir ou d’aller dîner au restaurant, de téléphoner à un(e) ami(e), de partir en week-end, etc.

Et pour toutes les choses qui mettent longtemps à être préparées, que ce soit dans votre vie professionnelle ou personnelle, sachez que vous pouvez ressentir autant de bonheur en les mettant en oeuvre qu’une fois la tâche accomplie ou l’expérience vécue. Par exemple, préparer un voyage peut vous rendre aussi heureux que le voyage lui-même !

 

Le bonheur est finalement accessible à tous, pour peu que l’on choisisse de s’y consacrer et de combattre les émotions négatives qui nous retiennent. Alors, qu’est-ce qui a fait le beau, le bon et le bien dans votre journée ? Prenez une minute pour y réfléchir.

 

Pour aller plus loin :

> Regardez la conférence de Robert Waldinger sur les résultats de l’étude d’Harvard sur le bonheur (en anglais sous-titré français)

> Regardez la conférence d’Elisabeth Grimaud sur la méthode “Beau, bien, bon” (en français)

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