Comprendre la révolution du genre11 minute(s) de lecture

10/10/2017
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En janvier 2017, le National Geographic consacrait un numéro entier à la “révolution du genre”, illustrant sa couverture avec le portrait d’Avery Jackson, une américaine transgenre de neuf ans. Mais le magazine évoquait, au-delà de la question transgenre, les rôles et constructions sociales autour du sexe biologique : jeux et jouets, couleurs préférées, attitudes, métiers, etc. La représentation binaire fille/garçon puis femme/homme est en débat pour construire une société qui accepte plus que deux modèles. Faisons le point sur cette révolution du genre.

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Si on parle aujourd’hui de révolution du genre, ce n’est pas parce qu’il s’agit d’un sujet nouveau. On ne parle de révolution du genre comme on parlerait de révolution Internet. La révolution tient plutôt en l’acceptation – tardive et très progressive – du genre comme quelque chose de plus complexe que la représentation binaire fille/garçon. Le genre étant un sujet très vaste, cette révolution se fait sur bien des plans : l’acceptation et l’accompagnement des personnes transgenres, l’éducation (ne plus considérer certaines activités, comportements, etc. comme réservés aux garçons ou aux filles) et – plus largement – l’intégration de ces notions dans la société. Afin que plus personne ne se sente enfermé dans une représentation trop étroite de sa personne en fonction de son sexe biologique.

Cela est valable évidemment pour les personnes transgenres mais s’applique finalement à tout le monde. En effet, qui ne s’est jamais interdit de faire quelque chose car cela était considéré comme trop féminin ou trop masculin ? Qui ne s’est jamais senti jugé pour avoir un comportement qui ne correspondait pas à ce que l’on attend d’une personne de son sexe ? Et cela n’a rien à voir avec l’orientation sexuelle, même si cela peut faire partie des préjugés. Par exemple, on partira souvent du principe qu’une femme routier est lesbienne ou qu’un homme coiffeur est homosexuel. La révolution du genre passe par la déconstruction de tous ces préjugés. Finalement, il s’agit juste de s’accepter les uns les autres. De s’accepter et d’accepter les autres dans toute leur complexité.

 

Le genre n’est pas le sexe biologique

Pour comprendre la révolution du genre, il faut tout d’abord différencier deux notions : le sexe biologique et le genre. Elles sont intrinsèquement liées mais profondément différentes. Le sexe, c’est ce qui différencie le masculin et le féminin d’un strict point de vue biologique. A savoir les attributs génitaux. Le genre est lui l’ensemble des éléments culturels qui s’appliquent à chacun des sexes et la manière dont ils perçus ou ressentis par les individus ou par la société. Le sexe d’une personne ne correspond donc pas forcément à son genre. L’on peut être de sexe féminin et avoir des attitudes ou centres d’intérêts qui sont généralement attribués aux hommes. Et inversement. La révolution du genre, c’est accepter cette différence sexe/genre. Individuellement, cela veut notamment dire ne pas les juger. Dans la société, cela veut dire donner la possibilité à chacun de se réaliser peu importe le genre auquel on se rattache et la différence de celui-ci avec son sexe biologique. Par exemple, que chaque métier ou activité soit accessible aux deux sexes.

Pour mieux comprendre tout cela, passons par quelques définitions.

 

Transgenre, transsexuel, transidentitaire

Le terme “transsexuel” est de moins en moins employé car il renvoie à une vision pathologique, parfois à une insulte. Le terme transgenre lui est aujourd’hui préféré, mais on lit parfois aussi transidentitaire. Tous ces termes définissent une personne dont l’identité de genre ne correspond pas au sexe qui lui a été assigné à la naissance ou ne la définit pas complètement. Tous les degrés d’identification au sexe opposé sont pris en compte, qu’il y ait eu ou non une opération chirurgicale ou un traitement hormonal pour opérer la transition d’un sexe vers l’autre. En France, le transgénérisme n’est plus considéré comme une affection psychiatrique depuis 2010 seulement.

Cisgenre

Ce terme définit une personne dont l’identité de genre correspond à celle qui lui a été assignée à la naissance. Une femme cisgenre est une femme qui se sent bien dans ce corps de femme dans lequel elle est née. De même pour les hommes.

Non-binaire

Ce terme est un peu plus complexe puisqu’il englobe toutes les identités de genres qui s’opposent à la binarité homme-femme. Représentez-vous une ligne droite. Tout à gauche on trouve les femmes, tout à droite les hommes. Une personne non-binaire se situe sur cette ligne, mais à aucune des deux extrémités. Ni totalement masculine, ni totalement féminine.

Genre fluide

Lorsque l’identité de genre peut varier sur cette ligne du masculin au féminin, on parle de genre fluide. Cela veut dire que la personne peut parfois se sentir femme, homme ou neutre. Selon des périodes qui varient et n’ont pas forcément la même durée.

Agenre ou genre neutre

Une personne agenre ou de genre neutre est quelqu’un qui ne s’identifie pas à un genre en particulier. Elle n’est pas forcément mal à l’aise dans le corps dans lequel elle est née mais ne cherche pas à se définir comme un homme ou une femme.

 

Le parcours semé d’embûches des personnes transgenres

La question du genre ne concerne donc pas seulement les personnes transgenres. En revanche, c’est pour ces personnes que l’acceptation est la plus difficile puisqu’elle passe parfois par une opération chirurgicale et des traitements hormonaux. Ce qui peut être très mal vu par la famille mais aussi en milieu scolaire ou professionnel. Pour ces personnes, la liste des préjugés est longue : homosexuels, “folles”, dérangées, problèmes avec le père/la mère, etc. Mais, comme nous l’avons vu, une personne transgenre est simplement quelqu’un qui ne sent pas à l’aise avec son sexe biologique, sans que cela ait forcément d’incidence sur son orientation sexuelle.

Et pour changer de sexe, le parcours est semé d’embûches. La procédure médicale est longue, fastidieuse et parfois humiliante. Rappelons qu’il n’y a pas de formation médicale prévue pour la transsexualité. L’environnement médical est souvent incompétent pour apporter un appui ou soutien. En effet, ni les médecins généralistes ni les spécialistes comme les gynécologues ne sont formés pour conseiller les personnes trasngenres et les aiguiller sur la démarche.

Pour se faire opérer, il faut que des médecins reconnaissent la transsexualité. Une expertise qui dure au minimum deux ans. Souvent plus en réalité. Il faudra passer devant des équipes pluridisciplinaires (psychiatre, neurologue, endocrinologue), ce qui peut donner l’impression d’être jugé. Et si la personne n’obtient pas de validation, elle devra vivre avec un sexe qui ne lui convient pas ou se faire opérer à l’étranger, sans garantie que son nouvel état civil soit accepté en France. Pour les personnes qui obtiennent la validation, elles devront être opérées par les équipes de Paris, Lyon, Bordeaux ou Marseille si elles veulent être remboursées par la Sécurité sociale.

 

Changer d’état civil : une procédure simplifiée mais toujours imparfaite

En avril 2017, les personnes transgenres ont obtenu une grande victoire pour leur reconnaissance. Avant cette date, pour pouvoir changer son prénom et la mention de son sexe sur ses papiers d’identité, il fallait obligatoirement avoir subi une opération chirurgicale. Cela discriminait tous les transgenres qui n’ont pas envie de changer de sexe et ceux qui le souhaitent mais n’y sont pas parvenus.

Désormais, toute personne majeure ou mineure émancipée “qui démontre que la mention relative à son sexe à l’état civil ne correspond pas à celui dans lequel elle se présente” peut changer son état civil. Cette procédure est gratuite et peut se faire sans l’assistance d’un avocat. Elle s’effectue devant le tribunal de grande instance (TGI). La chambre du conseil instruit et débat l’affaire après que le ministère public ait transmis son avis. La décision est ensuite rendue, hors présence du public.

Mais les associations regrettent que cette procédure se fasse devant un tribunal. Les personnes transgenres doivent convaincre un juge, apporter des preuves, ce qui peut être long et pesant. Elles réclament donc de pouvoir effectuer cette démarche directement à l’état civil. On parle de déjudiciarisation de la procédure.

 

Mieux accompagner les enfants transgenres

On aurait tort de croire que l’on devient transgenre une fois adulte, une fois que notre corps s’est formé complètement. La dysphorie du genre, le fait de ressentir un décalage entre ce que l’on se sent être et ce que les autres attendent de nous en fonction de notre sexe biologique, peut être ressentie dès l’âge de 3 ou 4 ans. Le mal-être et la nécessité de changer de sexe peuvent apparaître avant la puberté. A condition bien sûr que l’enfant et ses parents aient accès aux informations nécessaires pour comprendre qu’il s’agit de quelque chose de sérieux et non d’une lubie.

En France, seuls trois hôpitaux (La Pitié-Salpêtrière à Paris, la fondation Vallée à Gentilly et l’hôpital Robert-Debré à Paris) prennent en charge les enfants présentant une dysphorie de genre. Ils peuvent notamment recevoir des bloqueurs de puberté. Avant 15 ans, ces traitements sont réversibles. Ce qui laisse le temps aux enfants et à la famille de voir si la transformation est nécessaire. Dès l’âge de 15 ans, une transition hormonale est autorisée. Elle est cette fois irréversible. La prescription de ces médicaments aux mineurs n’est pas interdite, mais pas ouvertement autorisée non plus. On fait face à un vide juridique. Rares sont donc les médecins qui prendront le risque d’en prescrire.

A moins de pouvoir être suivi dans l’un des trois hôpitaux cités plus haut, il reste très difficile en France d’entamer une transition lorsque l’on est mineur. Or, plus le traitement est commencé tôt, plus les résultats physiques correspondent au genre ressenti. Si la transition démarre à la puberté, il y a de grandes chances pour que – une fois adulte – l’on ne remarque même pas que la personne est née du sexe opposé. De même, l’acceptation par les autres se fera mieux si le processus est entamé jeune. Jim, né Pauline et aujourd’hui âgé de 13 ans, était en 2015 le plus jeune enfant pris en charge en France pour dysphorie du genre. Il a commencé un traitement hormonal autour de 10/11 ans. Ses amis d’enfance ont observé son évolution “sans grande surprise. Ils ne m’ont fait aucune réflexion. Pour eux, j’étais déjà un petit garçon”, témoignait l’enfant au magazine Marie-Claire en 2015.

 

Et la fameuse “théorie du genre” ?

Depuis quelques années en France, on entend beaucoup parler de la “théorie du genre”. Pour ceux qui la décrient, il s’agit d’une théorie qui serait enseignée dans les écoles françaises et qui nierait les différences entre les filles et les garçons. L’objectif prétendu du gouvernement qui l’a glissée dans les manuels scolaires ? Déconstruire le modèle traditionnel et hétérosexuel de la famille pour encourager l’homosexualité, la bisexualité et la transsexualité.

Or, comme nous l’avons vu, il n’existe pas de “théorie du genre”, simplement une différenciation entre le genre et le sexe biologique. On a beaucoup entendu parler de cette prétendue théorie au moment où la ministre de l’Education nationale Najat Vallaud-Belkacem a lancé en 2014 les “ABCD de l’égalité”. Le dispositif a été testé dans quelques académies volontaires et retiré depuis. Il s’agissait d’aborder les questions d’égalité entre hommes et femmes avec les jeunes élèves de la maternelle au CM2. Et, surtout, de les amener à se questionner sur les rôles masculins et féminins en société.

Le ministère de l’Education nationale partait du principe que c’est en déconstruisant les stéréotypes filles-garçons dès l’école que l’on pourra plus tard réduire les inégalités entre hommes et femmes, notamment en termes de salaires ou de qualification. Comme l’expliquait Najat Vallaud-Belkacem en 2013 : “La meilleure façon de prévenir la formation des inégalités, c’est de lutter dès le plus jeune âge contre les stéréotypes, contre un certain nombre de représentations qui figent les rôles des filles et des garçons, de manière inégalitaire (…) Nous ne cherchons évidemment pas à nier la différence des sexes ou à détruire toute catégorisation.”

Il s’agissait simplement d’expliquer aux enfants – par exemple – qu’un garçon peut très bien porter du rose, une fille jouer au soldat. Et que, plus tard, ils pourront faire le métier qu’ils veulent et choisir leurs centres d’intérêts indépendamment de leur sexe. Pour leur bien ou pour le bien de la société, qui se porte mieux sans frustration et en acceptant tous ses membres tels qu’ils sont.[/private]

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