Trois questions pour comprendre le sommet de Singapour7 minute(s) de lecture

11/06/2018
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Demain, mardi 12 juin, sera certainement une journée historique. Donald Trump et Kim Jong-un se rencontreront à Singapour, après des mois de tensions. Ils évoqueront notamment une normalisation de leurs relations. Mais il y a peu de chances qu’ils parviennent à s’entendre sur la dénucléarisation de l’arsenal de Pyongyang. Décryptons ensemble ce sommet.

 
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Il y a encore quelques mois, les insultes fusaient entre le président américain et le dirigeant nord-coréen. Donald Trump traitait Kim Jong-un de “petit gros” ou encore de “fou” et le nord-coréen répliquait en promettant de “mater par le feu le vieux sénile américain”. Après ces échanges dignes d’une cour de récréation, Donald Trump se déclarait prêt à envisager des frappes militaires contre la Corée du Nord, qui se disait elle prête à en découdre avec son “ennemi impérialiste”. Le monde entier craignait alors une escalade des tensions, aux conséquences irrémédiables.

Les deux dirigeants qui il y a encore six mois s’insultaient copieusement doivent se rencontrer demain, mardi 12 juin, dans un hôtel cinq étoiles de Singapour pour une poignée de main historique. Ce sommet vise la normalisation des relations entre les deux pays mais aussi à redessiner une partie des équilibres géopolitiques de l’Asie. Jamais encore les leaders des deux nations ne s’étaient rencontrés directement, bien que l’on ait déjà connu des séquences d’apaisement, par petites périodes, depuis la fin de la guerre de Corée en 1953.

 

Pourquoi ce sommet ?

C’est un soir de mars 2018, à la Maison Blanche, que ce sommet a pris forme. Un émissaire sud-coréen transmettait alors à Donald Trump une invitation de Kim Jong-un. A la surprise générale, le président américain l’a acceptée sur le champ. S’il se targue d’être un négociateur hors norme (sic), on peut lui reprocher d’avoir été beaucoup moins exigeant que ses prédécesseurs avant de s’asseoir à la même table que le dictateur. En réalité, tout président américain aurait pu obtenir une telle rencontre, s’il l’avait souhaité. Mais la Corée du Nord n’a jamais fait assez d’efforts pour qu’un dirigeant américain y voit une raison d’accepter une rencontre. Et il faut bien se rappeler qu’au moment où Donald Trump a accepté cette rencontre, Pyongyang n’avait pas encore annoncé préparer le démantèlement de son site d’essais nucléaires. Cette décision a été prise fin mai, sans que personne ne puisse vérifier s’il s’agissait d’une mise en scène ou d’une réalité. Ce revirement de situation n’a donc pas de réelle justification, si ce n’est le lunatisme de la politique internationale de Donald Trump.

 

Pourquoi Singapour ?

La rencontre entre les deux dirigeants aura donc lieu demain mardi à 9 heures (3 heures en France) au Capella, l’un des palaces les plus luxueux de Singapour. Pourquoi avoir choisi cette ville-Etat pour un sommet historique ? La réponse la plus probable est qu’il s’agit de l’un des seuls territoires à entretenir des relations avec les deux pays. Singapour accueille très régulièrement les navires de la marine américaine et les deux armées s’entraînent ensemble. Une relation qui a été renforcée sous la politique du pivot asiatique de Barack Obama. Mais Singapour a aussi des relations approfondies avec la République populaire démocratique de Corée. C’est donc un terrain neutre. Et très sécurisé, puisque le régime autoritaire contrôle strictement les médias et les rassemblements publics. De quoi éviter tout risque de rassemblement intempestif. Autre atout, plus prosaïque : Singapour est suffisamment proche de la Corée du Nord pour permettre à Kim Jong Un de s’y rendre avec un avion vieillissant de sa flotte d’époque soviétique.

 

Quels sont les enjeux ?

Les deux enjeux majeurs de cette rencontre sont un accord de paix entre le Nord et le Sud et la dénucléarisation du Nord. S’il y a peu de chances que l’un de ces sujets soit réglé à l’issue de la rencontre, rien que le fait de les évoquer revêt un caractère exceptionnel.
 

Un accord de paix entre le Nord et le Sud

L’avenir de la péninsule coréenne ne changera pas sans la signature d’un traité de paix qui mettrait clairement fin à la guerre de Corée (1950-53), suspendue par un simple armistice. Le premier enjeu de ce sommet sera de s’accorder sur la volonté de “pacifier” ou de s’engager à mettre fin aux hostilités entre les deux Corées. Sachant que Nord et Sud ont enclenché en janvier dernier un processus de réchauffement de leurs relations.

Mais pour un véritable réchauffement, il faut que les États-Unis, partie prenante, s’engagent à mettre fin à la guerre. C’est-à-dire que Washington ne représente plus une menace à la sécurité et au régime de la Corée du Nord.

Ainsi, on peut s’attendre à ce que la Déclaration de Singapour annonce un pacte de non-agression et la signature d’un traité de paix dans les mois qui viennent. Car il s’agit d’une préalable indispensable pour Pyongyang, qui ne veut plus craindre une invasion de son pays par les forces américaines basées au Sud. Un éventuel traité devra également être garanti et signé par la République populaire de Chine pour finir de rassurer la Corée du Nord. Car l’armistice de 1953 avait été signé par la Corée du Nord, la Chine et les États-Unis.

Etats-Unis et Corée du Sud devraient en échange accepter une démilitarisation progressive de la frontière entre les deux Corées et une diminution du nombre de soldats américains en Corée du Sud. Dans cette perspective, les deux camps seraient prêts à ouvrir un bureau de liaison ou peut-être une ambassade à Pyongyang et à Washington. Ce serait déjà le début d’un processus de fin de guerre froide.

 

La question de la dénucléarisation

Une fois de processus engagé, la Corée du Nord va devoir faire sa part de travail également. Et ce sera sans aucun doute le point le plus délicat à discuter. Car, il y a quelques mois encore, la péninsule était au bord de la guerre, conventionnelle ou nucléaire. Et Donald Trump a toujours demandé une dénucléarisation “totale, permanente et vérifiable” de la Corée du Nord. Kim Jong-un, lui, assure qu’il est prêt à dénucléariser la “péninsule”. L’emploi de ce terme est important, puisqu’il inclut la présence d’armes nucléaires américaines au Sud.

Mais, à lui seul, ce sommet ne pourra pas aboutir à la dénucléarisation générale en quelques mois. Les Etats-Unis devront remettre leur confiance à la Corée du Nord, puisque la dénucléarisation est un processus à long terme. Il faudrait neuf à quinze ans pour démanteler l’arsenal nucléaire de la Corée du Nord ! Et il sera très difficile de vérifier que Pyongyang ne garde pas un missile dans l’une de ses milliers d’installations souterraines secrètes.

Si toutefois un tel accord était accepté de part et d’autre, il pourrait être envisagé qu’à chaque étape concrète du démantèlement nord-coréen s’ensuive une levée d’une catégorie spécifique de sanctions, qu’elles soient unilatérale américaine ou onusienne.

Pour les deux dirigeants, et particulièrement pour Donald Trump, l’important est qu’un processus soit en marche à l’issue du sommet et que les détails (rencontres, calendrier, vérifications, etc.) soient gérés dans les mois à venir. Politiquement parlant, les deux dirigeants ont tout intérêt à trouver un accord qui leur permette de crier victoire.
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