Sunnisme et chiisme, d’une querelle de succession à la division d’une région5 minute(s) de lecture

23/11/2017
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Jusqu’en 632, l’islam ne forme qu’un seul courant. A la mort du prophète Mahomet, la question de sa succession a divisé les musulmans entre chiites et sunnites. Aujourd’hui, dans un Moyen-Orient majoritairement sunnite, ces tensions religieuses demeurent et alimentent les conflits d’influence.

 

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En 632, l’islam connaît un schisme. A la mort du prophète Mahomet, des divergences apparaissent au sein de la communauté musulmane pour savoir qui doit lui succéder. Ceux qui prennent le parti d’Ali,
le gendre du prophète, sont les futurs chiites. Mais ce sont les futurs sunnites qui sont majoritaires : ceux qui ont choisi Abou Bakr, compagnon de Mahomet, qui deviendra le premier calife.

De cette division naissent deux manières de voir et de vivre l’islam. La majorité des chiites reconnaissent douze imams, parmi lesquels les deux fils d’Ali, dont le dernier doit revenir à la fin des temps et juger les hommes. Ces imams sont chargés d’interpréter le Coran et de diriger la communauté musulmane. Ils doivent être des descendants de la famille de Mahomet.

Dans le chiisme, le clergé est très présent et hiérarchisé. C’est le cas en Iran, République islamique chiite depuis 1979, avec l’ayatollah Khamenei, qui occupe le poste le plus élevé, au dessus du président de la République, Hassan Rohani. Cependant, dans le chiisme, le pouvoir religieux doit être séparé du pouvoir politique. En ce sens, l’ayatollah Khamenei est indépendant du pouvoir exécutif car il ne prend pas part dans les décisions gouvernementales.

Les sunnites ont mis en place un système religieux moins hiérarchisé. Pour eux, le chef de la communauté musulmane, en tant qu’homme ordinaire, doit être élu par les fidèles : c’est le calife. Contrairement aux chiites, ils acceptent que l’autorité religieuse et politique soit incarnée par la même personne. C’est le cas au Maroc avec le roi Mohammed VI. Les sunnites considèrent que l’Histoire est écrite. Leur devoir est d’imiter le prophète. Pour cela, au-delà du Coran, ils s’appuient sur la sunna, c’est-à-dire l’histoire de Mahomet.

 

Un conflit d’influence entre deux modèles

Aujourd’hui, les sunnites sont toujours majoritaires puisqu’ils représenteraient environ 85% de la communauté musulmane. Les chiites sont eux majoritaires dans certains pays, comme l’Iran, l’Irak, l’Azerbaïdjan et Bahreïn. D’importantes communautés sont également présentes au Yémen, en Afghanistan ou encore en Arabie Saoudite.

Mais le conflit ne tient plus tant à des questions religieuses qu’à une querelle d’influence entre deux modèles, matérialisés par l’Iran chiite et l’Arabie Saoudite sunnite. Les deux pays veulent étendre leur influence dans la zone et se positionnent différemment vis-à-vis de l’Occident. L’Iran accuse notamment l’Arabie Saoudite de s’être vendue aux États-Unis, une nation qu’ils jugent immorale.

Contre la montée, emmenée par l’Iran, d’une influence chiite au Moyen-Orient, l’Arabie Saoudite, l’Egypte et la Jordanie se sont alliées pour former un triangle arabo-sunnite. Les trois pays se sont sentis menacés par la montée du Hezbollah, mouvement armé chiite, lors de la guerre entre Israël et le Liban à l’été 2006. Les idées du groupe se sont diffusées dans des pays à majorité sunnite, qui ont vu là une menace chiite régionale.

Cette méfiance est née dans le contexte de la guerre en Irak, pays majoritairement chiite. En 2003, Saddam Hussein est renversé par les Américains dont les troupes envahissent le pays. La communauté chiite, pourtant majoritaire, était écrasée par le régime dictatorial. Elle a repris le pouvoir, ce qui a changé la donne pour la minorité sunnite. Ce renversement de situation a fait renaître des tensions entre les deux branches de l’islam dans la région. Des sunnites irakiens, mécontents du gouvernement chiite, se sont alliés avec Daech, organisation terroriste qui se revendique sunnite et qui a instauré un califat à cheval entre l’Irak et la Syrie, bien qu’elle ne contrôle plus aujourd’hui que de très petites zones.

Mais tous les conflits au Moyen-Orient ne peuvent être interprétés uniquement en fonction de cette division religieuse. Par exemple, tous les chiites ne se rallient pas au point de vue de l’Iran, qui voudrait former un arc anti-occidental. Les tensions s’expliquent également par les situations propres à certains pays mais aussi par des aspects économiques, notamment liés au pétrole.

 

Instrumentalisation du conflit confessionnel

Par ailleurs, il faut différencier identité nationale et confession. La première prend parfois le pas sur la seconde. Ainsi, durant la guerre Iran-Irak de 1980-1988, les Irakiens chiites sont restés fidèles au gouvernement du sunnite Saddam Hussein, et les Iraniens sunnites au Guide de la Révolution Khomeini. La lecture confessionnelle des conflits est donc parfois exacerbée par les dirigeants et ne correspond pas forcément à la réalité sociale des pays concernés.

On a donc parfois à faire à une instrumentalisation du conflit confessionnel. Par exemple, l’Arabie saoudite et ses alliés mettent régulièrement en avant le conflit sunnisme-chiisme dans le but de fragiliser la position de l’Iran. A ses débuts, l’EI a pu bénéficier du soutien de l’Arabie saoudite, qui voulait affaiblir l’Irak de Nouri Al-Maliki et la Syrie de Bachar al-Assad. Le pays sunnite s’est donc appuyé sur la haine vouée par l’EI aux chiites pour priver son ennemi de toujours, l’Iran, de ses soutiens dans la région. L’Arabie saoudite a également apporté une aide financière à la branche armée d’Al-Qaïda en Syrie, Al-Nusra. Cela a contribué à faire de la guerre civile syrienne un conflit interconfessionnel, opposant des sunnites aux Alaouites (chiites) du clan Assad, alors même que les motivations des rebelles étaient d’abord politiques.

S’il serait naïf de penser que le conflit opposant sunnites et chiites n’existe pas, l’Histoire récente montre qu’il est régulièrement exacerbé et instrumentalisé pour servir des objectifs politiques et justifier alliances et cercles d’influence.
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