Connaissez-vous le Swaziland ?8 minute(s) de lecture

12/02/2018
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Petit pays de la taille de l’Île-de-France, enclavé entre l’Afrique du Sud et le Mozambique, le Swaziland est la dernière monarchie absolue du continent. Le pays se distingue également de ses voisins car il n’a jamais connu la guerre. Mais le quotidien de ses 1,4 million d’habitants n’en est pas rose pour autant. Absence totale de démocratie, fort taux de chômage, problèmes de santé publique (sida et tuberculose) et contrôle des mœurs sont les grands défis auxquels doit faire face la population.

 
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Le roi Mswati III en 2014.

La dernière monarchie absolue d’Afrique

De 1902 à 1968, le Swaziland était une colonie britannique. Depuis l’acquisition de l’indépendance, ce petit pays enclavé entre l’Afrique du Sud et le Mozambique est une monarchie absolue, la dernière du continent. Mswati III, l’actuel roi, est au pouvoir depuis 1986. Il exerce un contrôle total sur son pays : les partis politiques sont interdits depuis 1973, les rassemblements sont interdits sous prétexte de lutter contre le terrorisme, la justice n’est pas indépendante et les droits de l’Homme semblent enterrés depuis longtemps.

Le roi excelle dans l’art de sauver les apparences. De l’extérieur, on pourrait croire à un semblant de démocratie puisque le pays a un Parlement et un Sénat. Mais, en réalité, dix des 65 députés et vingt des trente sénateurs sont choisis par le roi. La candidature des autres membres, en leur propre nom puisque les partis politiques sont interdits, doit être approuvée par l’autorité locale. Chaque décision du Parlement doit être approuvée par le roi. Le pays s’est doté d’une constitution en 2005, qui garantit les droits de l’Homme. Mais, dans les faits, elle n’est pas appliquée.

Lorsqu’il se déplace à l’international, ce qui est assez rare, Mswati III sait mettre de la poudre aux yeux. En septembre 2017, à la tribune des Nations unies, il se disait engagé pour la paix et déterminé à garantir “une vie décente” pour tous. Il vantait le fait que chaque citoyen peut faire entendre sa voix pour “contribuer constructivement au développement social, économique, culturel et politique du pays”. Un mensonge éhonté puisque, quelques mois plus tôt, le roi a fait passer un amendement autorisant à sanctionner toute critique du roi ou de son gouvernement jusqu’à 630€ d’amende et deux ans d’emprisonnement. Une sanction également valable pour toute incitation “à la haine ou au mépris” de l’héritage culturel et traditionnel. Un autre amendement confère au commissaire national de la police le pouvoir de suspendre arbitrairement les réunions et manifestations pro-démocratiques.

 

Dans le même temps, le ministère de l’Education instaurait des frais de scolarité, mettant fin à la gratuité de l’école primaire, difficilement acquise en 2005. Une décision, parmi d’autres, qui viole la Constitution, celle-ci garantissant le droit à l’éducation primaire. Quelque 11 000 enfants à travers le pays n’ont pas accès à l’éducation puisqu’ils travaillent dans les champs. Certains seraient exploités par le roi lui-même pour cultiver ses terres agricoles.

 

Pour se garantir un contrôle total de la population sans trop faire parler de lui à l’international, le roi utilise régulièrement l’argument de la lutte contre le terrorisme. La loi sur la répression du terrorisme, votée en 2008, impose de sévères restrictions aux organisations de la société civile, aux groupes religieux et aux médias. Selon la loi, un “acte terroriste” comprend un large éventail de comportements tels que la critique du gouvernement. Elle autorise les fonctionnaires d’Etat à cibler les opposants à travers des dispositifs de surveillance et des fouilles dans les maisons et les bureaux.

Ainsi, deux dirigeants d’un parti politique interdit, le Mouvement démocratique du peuple uni (Pudemo), Mario Masuku et Maxwell Dlamini, sont en liberté sous caution depuis plus d’un an en attendant leur procès pour avoir critiqué le gouvernement en chantant une chanson pro-démocratie et en criant “viva Pudemo” lors d’un rassemblement en 2014. En vertu de la loi sur la répression du terrorisme, ils pourraient purger jusqu’à quinze ans de prison.

 

L’économie au plus mal

Alors que le roi Mswati III est le troisième dirigeant africain le plus riche, l’économie du Swaziland est en chute libre. Les pensions des nouveaux retraités ne sont pas versées, les factures du gouvernement ne sont pas payées et les services de santé sont proches de l’effondrement. Les fonctionnaires ont mené un mouvement de grève historique en 2017, qui devrait être reconduit cette année.

Contrairement à de nombreux pays africains, le Swaziland n’a pas de ressources sur lesquelles appuyer son économie. Elle repose donc en grande partie sur l’agriculture, avec la culture de la canne à sucre, du coton, du tabac, du riz et du maïs. Le pays ne parvient pas à diversifier son économie. En conséquence, le taux de chômage était de 28,1% en 2015 et grimpe jusqu’à 53% chez les jeunes de 15 à 24 ans.

 

Sida et tuberculose, les deux fléaux du Swaziland

Au Swaziland, l’espérance de vie est de seulement 48 ans et la croissance démographique stagne à un peu plus de 1% depuis des décennies. Le pays détient également un triste record : celui du taux d’infection du virus du Sida le plus élevé, avec 26% de la population contaminée selon l’Unicef. La tuberculose reste cependant la principale cause de mort au sein de la population adulte. A cause de ces deux fléaux sanitaires, le Swaziland compte plus de 120 000 orphelins, soit un quart des enfants du pays.

 

Peu de droits pour les femmes

L’article 20 de la Constitution swazie garantit l’égalité devant la loi et la non-discrimination, mais, dans les faits, n’empêche pas la discrimination fondée sur le sexe, l’orientation sexuelle et l’identité de genre.

Par exemple, en vertu du droit coutumier swazi et de la loi sur le mariage de 1964, les femmes mariées ont un statut défavorisé, accordant ainsi aux hommes plus de privilèges et de droits. La loi prévoit notamment que les femmes mariées doivent obtenir le consentement de leur mari pour conclure certains contrats, y compris l’accès au crédit auprès d’institutions financières. En août 2017, des groupes de défense des droits humains ont contesté ces lois discriminatoires devant un tribunal au nom d’une femme swazie mariée qui, abandonnée par son mari, ne peut vendre aucune de ses possessions, acquises avec son propre argent, parce qu’elle n’a pas le consentement de son mari. Une affaire qui n’a toujours pas été réglée.

La loi sur le mariage ayant été votée à l’époque où le Swaziland était une colonie, elle ne s’applique pas aux conjoints non-africains.

Depuis 2009, le gouvernement doit faire adopter une nouvelle loi sur le mariage, qui criminaliserait le viol conjugal, les délits sexuels et la violence domestique. Sans succès depuis presque dix ans.

 

La fête des roseaux, célébration des jeunes vierges

Il faut dire que le roi Mswati III est très attaché aux mœurs traditionnelles. Chaque année, il perpétue la tradition de la fête des roseaux. Durant une semaine, des dizaines de milliers de vierges accomplissent différents rituels, notamment la découpe des roseaux. La cérémonie finale permet de remettre ces plantes à la reine mère pour l’honorer et rebâtir symboliquement la résidence royale. Mais cette fête créée dans les années 1940, du temps où le Swaziland était un protectorat britannique, a désormais une toute autre signification. Les dizaines de milliers de vierges, âgées de 8 à 22 ans et venues de tout le pays, dansent seins nus devant le roi, qui peut en choisir une pour compléter son harem. Et, selon la tradition, aucune fille ne peut refuser la demande en mariage du monarque. Ainsi, Shobuza II, père du roi actuel, aurait laissé derrière lui 60 veuves et 200 enfants.

Depuis quelques années, cette fête attire de nombreux étrangers. Les associations humanitaires dénoncent une forme de tourisme sexuel, les hommes étant accusés de prendre en photo les jeunes filles dénudées et de leur faire des avances.

 

Des mœurs très contrôlées

Dans tout le pays, les mœurs sont très contrôlées. Par exemple, dans la ville de Siteki, il est interdit de s’embrasser en public, sous peine d’écoper de 9€ d’amende. Un chiffre effectivement dissuasif puisque le salaire moyen est de 156€.

Dans tout le pays, il est interdit de faire la promotion de la contraception et du préservatif, alors même qu’un quart de la population est atteinte du Sida. Le port de la mini-jupe et du pantalon taille basse sont eux aussi interdits, car “le viol est facilité parce qu’il est facile de retirer la petite pièce de tissu portée par les femmes”. Un écart vestimentaire qui peut être sanctionné de 8000 € d’amende et de six mois d’emprisonnement.

 

Sources principales :

Rapport d’Human Rights Watch sur le Swaziland pour l’année 2017

Swaziland : Striving for Freedom – Swazi Media Commentary
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